25 novembre 2017

551ème semaine politique: les gadgets féministes de Macron.



Où l'on parle de Jupiter qui parle des violences faites aux femmes, enfin. Ou pas.

 

Où sont les femmes ?
Depuis la mi-octobre, des milliers des femmes en France, comme dans d'autres démocraties, ont parlé. Elles ont témoigné de toutes sortes de situations de harcèlement ou agressions sexuelles. La réaction jupiterienne a d'abord été incroyablement silencieuse. Puis Emmanuel 1er et son premier ministre se sont enfin distingués... pour s'inquiéter des excès de ces cas de "délation".
"On ne peut pas oublier que dans cette libération de la parole, il arrivera mécaniquement que des accusations portées soient excessives par rapport aux faits dénoncés" Edouard Philippe, 21 novembre 2017.
Différentes pétitions initiées par cinq femmes rassemblent 700 000 signatures sur un mot d'ordre simple: "Président, soyez au rendez-vous !". Car il ne l'est pas au rendez-vous, ce Jupiter. Contrairement à sa promesse de campagne, il n'a pas consacré de ministère mais un simple secrétariat d'Etat à la cause de l'égalité des droits entre les hommes et les femmes. Et l'énergie sympathique de la titulaire n'y change rien. Jupiter a aussi voulu réduire les subventions aux associations de défense des droits des femmes.
"Emmanuel Macron a le pouvoir de faire en sorte que les violences sexuelles cessent." Caroline De Haas.
Samedi, Jupiter joue son image, et rate la marche. Il convoque ses principales ministres pour l'assister dans la tâche: on retrouve Nicole Belloubet, la garde des Sceaux qui propose de créer un plancher d'âge si jeune (13 ans, a-t-elle proposé) pour le consentement sexuel; Agnès Buzyn cette ministre de la Santé qui déclarait plus tôt que la Sévu "n'est pas là pour rembourser des montures Chanel" (mépris ou ignorance de classe ? La Sécurité sociale rembourse 1,70 euros par monture) , et, bien sûr  Schiappa, la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes. Il invite même l'ex-alibi banlieue de Sarkozy Fadela Amara, tombée depuis dans un anonymat inespéré. Et aussi l'humoriste Florence Forresti.

Après 40 minutes d'intervention de divers.es invité.e.s, le jeune monarque arrive enfin, salue puis parle.

Le discours d'Emmanuel Macron sur les violences faites aux femmes dure juste le temps de quelques annonces gadgets.

Jupiter rate la marche. Et c'est assez simple de comprendre pourquoi: il élargit trop, il annonce des gadgets, il promet sans moyens. .

Reprenons.

Macron annonce d'abord beaucoup de gadgets symboliques qui ne changeront pas grand chose au changement culturel et aux moyens de terrain que requiert le sujet. Ainsi, l'égalité entre les femmes et les hommes est déclarée "grande cause du quinquennat". On sourit. Ou on pleure. Il commence aussi son intervention par une minute de silence en hommage aux 123 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2016. A la télévision sur les chaînes d'info, ça fait joli. Ado, Macron a fait du théâtre. Il aime toujours la scène. Il lance aussi un clip de prévention pour la "sécurité sexuelle" (?).

Il promet aussi d'élargir les pouvoir du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel à ... Internet et les jeux videos. A-t-il compris que le harcèlement sexuel se pratique d'abord dans les lieux de pouvoir ?

Plus concrètement, on ne boudera pas notre satisfaction quand il désavoue sa ministre de la Justice pour annoncer qu'il préférait fixer à 15 ans (et non 13 ans) l'âge minimal du consentement sexuel. La seconde mesure concrète fut la création "dès 2018", dans 10 centres hospitaliers, "d'unités spécialisées" dans la prise en charge psychotraumatique des femmes victimes de violences mais "à titre pilote". Mais Jupiter s'est même abstenu de préciser si ces traitements seraient réellement pris en charge par cette "Sécu-qui-ne-va-pas-quand-même-rembourser-des-montures-Chanel".

Il a pourtant le constat juste: "C'est notre société entière qui est malade du sexisme". Mais bizarrement, il s'empresse d'ajouter qu'il ne veut pas "que nous tombions dans un quotidien de la délation." L'a-t-on entendu prendre pareille précaution pour le signalement de suspects terroristes ? Ou pour pour tout autre acte criminel ou délictueux ? Non, il y a là sans doute une trouille masculine qui s'exprime à mots couverts.

Quelle tristesse.

Jupiter promet quand même une "loi citoyenne", avec commes mesures phare l'augmentation à 30 ans des délais de prescription en matière de violence sexuelle (pourquoi cette prescription quand on sait que ces violences restent souvent enfouies si longtemps) et l'instauration d'un âge minimal pour le consentement sexuel fixé à 15 ans. Et le budget de la pauvre Marlène Schiappa sera augmenté de 29,8 à ... 30 millions d'euros. On est ravi pour elle. 




La double face de Jupiter.
Ce samedi, Macron a rappelé quelque chose qui n'est pas anodin: sa "grande marche" de 2016 avait fait surgir, dit-il, un sujet "au-dessus des autres", les "violences faites aux femmes". Bizarrement, ce n'est qu'un an plus tard que Jupiter le dévoile et en prend compte.

Toute la macronista est ainsi résumée.


Côté face, la République en Marche serait ce mouvement qui fédère les énergies individuelles citoyennes pour transformer "d'en bas" une France coincée dans des vieux clivages. L'image est belle comme un spot de pub. Ainsi sur le sujet des violences faites aux femmes, la secrétaire d'Etat à l'égalité Femmes/Hommes avait lancé début octobre un tour de France de "consultation citoyenne" pour lequel elle espérait 50 000 participants en 6 mois... On estime à plus de la moitié le nombre de femmes victimes de violences sexuelles... L'écart entre les ambitions de ce énième gadget et la réalité du problème devrait faire suffoquer.

Désigné par Macron lui-même, intronisé par un Congrès tenu à Paris samedi 18 novembre, Christophe Castaner déroule ainsi sur les ondes dès le soir puis toute la semaine combien l'engagement citoyen et "bénévole" est au cœur du projet macroniste. L'objectif est de nous faire croire que Jupiter n'est que le bras armé d'un large mouvement citoyen et spontané, un mouvement (plutôt qu'un parti) de la "France d'en bas"; un mouvement si différent des anciens partis et des anciens clivages.

La réalité des actes, et des coulisses, est toute autre. Il faut être aveugle pour ne pas la voir. Ou complice. Et nul besoin de désigner cette arrogance persistante qui surprend jusqu'aux plus discrets du Palais de l'Elysée.

Le Canard Enchaîné de la semaine lâche ainsi une autre livraison sur la purge de classe que la macronista conduit en France. Le plus intéressant de ces révélations n'est pas tant le montant des économies budgétaires ni sur quels services publics elles seront concentrées que la réalité des processus de décision qui sont à l’œuvre. On pourrait distinguer au moins quatre volets dans cette hypocrisie macroniste.

Primo, le vide de la République en Marche. Le prétendu Congrès fut un moment de déchirements. LREM ne communique pas sur le nombre d'adhérents. Ensuite, les désaccords idéologiques persistent, y compris sur des sujets aussi sensibles que la laïcité. Enfin, la démocratie participative est une posture: samedi 18 novembre à Paris, un tiers des membres du Conseil du parti ne se sont même pas déplacés. Le choix de voter pour ou contre l'unique candidat à huit-clos (plutôt qu'à bulletin secret) s'est décidé à une courte majorité des présents (38 voix sur 516). Le mouvement n'est surtout qu'une façade vide qui ne sert à rien. C'est en coulisses des ministères que se prépare la réalité des actions de la mavronista. Ainsi, révèle le Canard, dès la fin septembre et dans le plus secret, le premier miister a-t-il demandé aux secrétaires généraux des cabinets ministériels et à l'inspection général des finances d'identifier les pistes budgétaires pour réduire les effectifs de la fonction publique (37 000 ETP entre 2020 et 2022), de 10 milliards les remboursements de la sécu et 16 milliards sur les collectivités territoriales.

Secundo, le programme de classe. Rares sont celles et ceux qui parviennent à expliquer l'équilibre de la politique macroniste. L'équilibre serait d'ailleurs déjà suspect. Quel équilibre y-a-t-il à instaurer entre "ceux qui n'ont rien" (comme les appelle Jupiter) et ceux qui ont déjà tout ou hérité de tout ? Ne faudrait-il pas parler plutôt de redistribution ? A ce propos, qu'un ancien député socialiste rejoigne le gouvernement Macron pour seconder l'ex-sarkozyste dans la réduction des dépenses publiques est ... cocasse.

Tertio, le culte du secret. La ministre de la Culture François Nyssen n'est ni la première ni la dernière de cette équipe macroniste à annoncer qu'elle porterait plainte contre les auteurs des fuites dans la presse des pistes d'économies budgétaires drastiques auxquelles ses services réfléchissent. Avant elle, le sinistre ministre de l'>Education Blanquer ou l'ex-DRH millionaire de Danone devenue ministre du Travail, Muriel Pénicaud ont usé des même menaces dans leurs domaines respectifs. Osons une question: si la République en Marche est un mouvement d'en bas, et que ce gouvernement n'en est que la représentation politique fidèle, pourquoi donc ne pas débattre en public de toutes les idées, même les plus farfelues ? 

Quarto, la centralisation des pouvoirs. La Vème République permet de multiples pratiques. Macron a choisi la plus centralisatrice, la plus monarchique. Ainsi le patron du parti au pouvoir, désigné par Jupiter, restera-t-il ministre en charge des relations avec le parlement.



Ami macroniste, qui es-tu ?

18 novembre 2017

550ème semaine politique: Macron est-il vraiment comme Sarkozy, mais en mieux ?

 

 

Où cela fait bientôt 7 mois depuis l'élection présidentielle que l'évidence s'impose, Macron est Sarkozy en mieux.

C'est-à-dire en pire.


"Le nouveau gouvernement et le nouveau président sont proches de mon mari, ils lui demandent des conseils comme on le fait à des parrains." Cette confidence récente est de Carla Bruni, l'ex-première dame redevenue chanteuse (elle sort un album ces jours-ci), mais sur-liftée pour paraître éternelle. Elle fait à peine quelque bruit tant elle conforte l'évidence: Macron, Sarko même combat. Mieux, Macron est en passe de réussir là où Sarkozy avait échoué. Comme s'il avait bien étudié les travers de ce quinquennat indécent pour mieux les corriger une fois parvenu à l'Elysée.

Un temps, Macron a voulu faire croire, et d'autres avec lui, qu'il n'était que cette incarnation réussie de la "France du centre (droit)". On se souvient de Juppé, rigolard, en janvier 2016, à propos d'Emmanuel Macron: "Je suis l'original et il est la copie." On en rigole encore aujourd'hui.

Présidents des riches
Comme Sarkozy avec Chirac, Macron a lâché Hollande un dernier mardi d'août 2016. Il démissionne du ministère de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique. Quelques supporteurs sincères de Hollande osent croire que c'est pour soutenir leur mentor. "Macron n’incarne que le vide" commente Jacques Attali, toujours en avance sur son temps (sic!).

Comme Sarkozy, Macron a été élu largement, mais d'abord soutenu par un premier cercle financier. Sarkozy avait la machine UMP, et quelques généreux donateurs tels Mme Bettencourt. Macron est parvenu à réunir près d'une vingtaine de millions d'euros en toute discrétion, avec l'aide de quelques agences et une levée de fond digne des meilleures start-ups.
 
Comme Sarkozy, Macron n'a pas oublié ceux qui lui ont permis d'être roi. Il a rapidement renvoyé l'ascenseur vers ces "premiers de cordée" dont une belle part fait la une des Paradise Papers quelques mois plus tard. Comme Sarkozy, le voilà affublé du nécessaire qualificatif de président des riches. Sarko avait assoupli le bouclier fiscal, multiplié les formules de défiscalisation pour les plus riches (TEPA), défiscalisé la rente et l'héritage. Macron est allé plus loin en supprimant l'ISF sur le capital et en abaissant l'impôt sur les revenus du capital et la spéculation. Défiscaliser la spéculation, renommer cela "relance", Jupiter est un génie.

Macron efface l'un des rares succès du quinquennat Hollande, l'égalité fiscale entre les revenus du travail et ceux du capital.

Le coût pour les finances publiques se chiffrera en plusieurs milliards d'euros mais les pauvres se taisent. A l'inverse, comme son mentor, Macron lance un énième plan d'économies contre ces dépenses publiques qui exaspèrent la France d'en haut. N'imaginez aucune traque aux niches fiscales épargnées par la mandature précédente. Non, il faut frapper cette "addiction à la dépense publique" comme l'explique dès l'été son ministre du budget Darmanin, un sarkozyste pur jus. Les économies porteront sur les aides au logement, les emplois aidés dans les collectivités locales et les associations, et les hôpitaux, le gel des salaires des fonctionnaires "En même temps", Jupiter et son premier collaborateur Philippe multiplient les signes pour "attirer la finance internationale." Jusqu'à supprimer la plus haute tranche d'impôts des salaires de la finance. Et inviter une cinquantaine de leurs représentants pour un joli dîner à l'Elysée. Croyez-vous que Macron inviterait une cinquantaine de syndicalistes dîner à l'Elysée ? #uberlol.

Dans les pas du Medef
Hollande a voulu être le président des patrons - CICE, pacte irresponsable, loi El-Khomri - ses mesures les plus emblématiques de son revirement par rapport à sa campagne de 2012 sont là. Son échec aussi. Même Sarkozy n'avait pas réussi. Macron est allé plus loin encore.

Parvenu au pouvoir, Macron dévoile enfin le contenu précis de sa réforme du travail. On savait qu'il n'était pas Che Guevara. Mais il est faux de dire que c'est une promesse de campagne. Sa promesse était floue. Mais il ne commet pas l'erreur de Sarkozy (qui passe en force) et de Hollande (qui trahit et passe en force). Il noie les syndicats au coeur de l'été dans une multitude de réunions bilatérales sans jamais dévoiler les détails. A la rentrée, il passe en force, avec des ordonnances, la réforme la plus rétrograde pour les droits des salariés que la Vème République ait connue. Même Sarkozy n'avait pas osé.

Hollande avait lancé un plan contre la pauvreté dès le début de son quinquennat. Comme Sarkozy, Macron préfère placer ses urgences sur l'assouplissement du code du travail, la réduction des aides sociales, et la défiscalisation des plus riches.


International: le coup de bol
Nicolas Sarkozy est admiratif d'Emmanuel Macron. Même en matière de politique internationale, Jupiter a "le cul bordé de nouilles".

L'Amérique élit un épouvantail grossier, raciste, misogyne. Jupiter a de la chance, le cousin américain est à terre quand il est élu. Sarko n'a pas eu cette chance. Il a voulu  jouer au faux jeune Kennedy en mai 2007. Mais 18 mois plus tard, déjà affaibli par ces travers bling-bling et capricieux, il est écrasé par le plus jeune, le plus sexy, le plus moderne Barack Obama. Un Noir chic et cool ringardise d'un sourire le "Français de sang mêlé" devenu défenseur de l'identité nationale. Face à Trump, Macron n'a même pas besoin de parler. Trump est régal, un adversaire facile, l'ennemi des bien-pensants. Et pourtant Macron le soigne, l'invite à Paris pour le 14 juillet comme Sarkozy l'avait fait avec Bachar el Assad en 2008.

Comme Sarkozy, Macron célèbre Poutine. Il ne s'agissait pas de faire la guerre à l'autocrate russe, mais pourquoi donc le célébrer à Versailles ? Comme Sarkozy, Macron surjoue son amitié avec les pays du Golfe les plus rétrogrades. Jusqu'à nier l'évidence récente de l'éviction du premier ministre libanais par l'Arabie Saoudite.

La République en laisse
Comme Sarkozy, mieux que Sarkozy-  attentats obligent - Jupiter abime notre démocratie au nom de la lutte contre le terrorisme. Sa énième loi sur la sécurité, qui n'a rien à envier aux précédentes lois sarkozystes qu'Hollande avait maintenu, entérine quelques points essentiels et détestables de l'état d'urgence dans notre droit commun.

Comme Sarkozy, Macron débauche Hulot. Car comment qualifier autrement la nomination en grandes pompes de Nicolas Hulot dans un gouvernement qui se fiche autant de l'écologie. C'est à peine moins ridicule que l'épuisant Grenelle de l’environnement de 2007 qui ne déboucha que sur un abandon général de toute ambition écologique deux plus tard. Jupiter prend moins de précaution. Il fait avaler couleuvres après couleuvres à l'ex-animateur de TF1: recul sur les perturbateurs endocriniens, abandon du soutien français sur la taxe européenne sur le climat, et maintenant abandon de l'objectif de réduction de l'électricité d'origine nucléaire.

Moi, Nicolas ou Moi, Jupiter.
Il y a une dizaine de jours, Jupiter confie à ses proches qu'il évite les rencontres Bling Bling. Trop  dangereux pour son image, et Sarkozy l'a payé cher. Ce souci du contrôle, au-delà de l'hypocrisie, fait sans doute une grosse différence avec la Sarkozy 2007 qui se faisait inviter par des amis milliardaires en tous genres.
"Lundi 13 novembre, le jeune monarque et son son épouse Brigitte sont allés voir Fabrice Luchini au théâtre. Puis ils ont dîné au restaurant avec le comédien et sa compagne. "

Il n'empêche. Jupiter est à peine plus discret. Il sait être tout autant méprisant. Sarkozy incarnait maladroitement la France d'en haut, Macron ressemble au contraire à l'un de leurs travailleurs détachés. Ses lapsus qui n'en sont pas puisqu'ils sont si souvent écrits à l'avance, toujours préparés avec soin pour être correctement filmés, témoignent d'un mépris de classe. De la gare "lieu où l'on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien" aux "fainéants" qui devraient bosser pour s'acheter un costume, de sa "pensée trop complexe" pour mériter une contradiction journalistique en direct à ses énervements si rapides en public contre des manifestants ouvriers, Macron a largement dépassé son maître en quelques 7 mois de quinquennat.

Comme Sarkozy, Macron centralise le pouvoir. Le premier ministre est effacé, un pantin désigné pour vendre la sauce macroniste dans les médias tandis que Jupiter se cache et se protège. Comme Sarkozy, les vrais ministres sont à l'Elysée. Les hommes du monarque ont plus de poids que les ministres. Mais ils  ne sont redevables qu'à Jupiter. Ils ne sont jamais interrogés par l'Assemblée nationale - séparation des pouvoir oblige. Ils ne se justifient jamais devant la presse. Macron a monarchisé encore davantage une Vème République déjà peu démocratique.

Comme Sarkozy, Macron tient son parti. Le story-telling d'un mouvement populaire, démocratique et spontané lancé en avril 2016 était une affaire de publicitaires. Ce weekend, le fidèle et opportuniste Christophe Castaner a été choisi par Macron pour être élu sans rival à, la tête de La République en Marche. Castaner est l'une des meilleures incarnations du versant gauche de la Macronista, l'homme de tous les revirements pourvus qu'ils servent Jupiter. Et une centaine de Marcheurs ont quitté le navire, avec grand bruit.


Au final, il ne manque qu'une chose pour que la gémellité soit parfaite, un ministère de l'identité nationale.


Ami sarkozyste, réjouis-toi.
Ami socialiste, réveille-toi.
Ami macroniste, qui es-tu vraiment ?


11 novembre 2017

549ème semaine politique: le paradis de Jupiter

 

 

Où l'on parle de mondes parallèles, celui heureux et "en marche" contre l'autre, brutal et inégalitaire, celui du Président-sourire contre celui du plus grand nombre; le Paradis de Jupiter contre et la réalité des Paradise Papers.

Le Président-sourire...
Le président-sourire s'est beaucoup montré cette semaine.  Sur Twitter, le président des riches, ou plutôt ses conseillers puisqu'il nous assure ne pas tweeter lui-même, est grandiloquent. Il célèbre la beauté, la laïcité, et même la Marseillaise. Il en faut peu pour l'émouvoir et, surtout, pour l'inciter à partager sa joie primaire sur Twitter. Jupiter sur Twitter nous prend pour des Teletubbies.

Macron sur Twitter est plus poétique et creux à la fois que son "ami" Trump. Il décrit un monde merveilleux, une équipe politique en marche, un président qui fait avancer les choses et tranche par son action avec le passé.

Dans ce monde merveilleux, les plus grands célèbrent forcément Jupiter. Ainsi voici notre jeune monarque qui fait la "une" du Time. Reconnaissons-lui cet exploit: il a très vite donné suffisamment de gages pour être reconnu par ses pairs. Même son ancêtre Nicolas Sarkozy, dont les proches du premier cercle sont frappés un à un par des enquêtes judiciaires pour des accusations de fraudes, n'avait pas réussi à atteindre ce statut présidentiable si envieux.

Événement donc, Emmanuel Macron fait la une du Time, comme Margaret Thatcher, George W. Bush et Angela Merkel avant lui. Ses supporteurs applaudissent, pleurent de joie, se répandent sur les réseaux sociaux. Il fallait pourtant lire cette couverture plus en détail, car il y a un astérisque à côté du titre apparemment flatteur "Macron, leader de l'Europe", en bas à droite: "Si tant est qu'il puisse diriger la France". C'est cocasse, presque cruel que de voir Jupiter ainsi statufié avec prudence par l'une des Pravdas de l'oligarchie libérale.

En fin de semaine, le story-telling macroniste se poursuit.  Jupiter visite ses alliés les plus sûrs parmi les dictatures du Moyen Orient. Il en profite surtout pour officialiser la vente d'armements pour quelques milliards d'euros. Mais l'on parle officiellement d'autre chose.

D'abord aux Émirats Arabes Unis, il lâche une petite phrase sur la laïcité qui ravit les auditoires français. On oublierait presque que Brigitte Macron s'est prudemment voilé la tête lors de ce voyage officiel. Faute de goût ou faute de principes ?

Jupiter inaugure ensuite le musée du Louvre Abu Dhabi, un projet pharaonique mais qui permet à Macron de livrer un autre de ces discours sur la beauté, l'art et les hommes qu'il affectionne particluièrement. Puis il improvise sur place un crochet par l'Arabie Saoudite voisine. La presse conservatrice française fond de bonheur devant cette spontanéité. Macron veut "faire baisser les tensions" entre l'Iran et l'Arabie Saoudite, "sauver l'accord sur le nucléaire", rien que ça. En deux heures. Jupiter est Superman, le story-telling gouvernemental fonctionne à plein régime.

... contre la triste réalité
La réalité est moins simple que ces descriptions élyséennes. 

Elle est plus triste et détestable également.

En Arabie Saoudite d'abord, Macron est d'abord allé s'assurer de la signature de quelques contrats d'armement. Cette même Arabie Saoudite, qui fait la guerre au Yémen et finance des succursales de Daesh, vient même de séquestrer et faire démissionner le premier ministre libanais Saad Harari. Et de purger une bonne partie de sa classe dirigeante sur des accusations de corruptions, le prétexte habituel des dictatures telle la Chine. Les faux Bisounours de la macronista tentent de faire croire que tout va bien. L'ancien Hollandiste et désormais ministre des affaires étrangères de Jupiter, Jean-Yves Le Drian, nous assure même que Saad Hariri est "libre de ses mouvements". Les proches du premier ministre libanais s'inquiètent au contraire. Le parti de Saad Hariri réclame son retour, en vain.

De retour en France, Jupiter en rajoute sur le 99ème anniversaire de la fin de la Grande Guerre. Pas un mot pour les déserteurs, lucides et courageux sur cette boucherie. Macron préfère célébrer la Marseillaise. Chacun son souvenir. Au contraire, le président des riches commet une erreur historique: ", un jour pour se souvenir que d'autres se sont battus pour que nous puissions vivre ensemble. Nous devons à leur sacrifice la fraternité et la solidarité, bien au-delà des divisions." La Grande Guerre fut une boucherie inutile.  Elle ne fut en aucun cas un combat pour le vivre ensemble. Elle a déstabilisé l'Europe. Les vainqueurs ont instauré une paix qui a engendré le nazisme en Allemagne, le fascisme en Italie, puis le reste, une autre boucherie sans nom et la Shoah.

Cette manière puérile et belliciste de Macron de célébrer le sacrifice de nos soldats était inutile, anachronique, déplacée, indécente.


Syndrome monarchique
La Macronista elle-même n'est pas exempte de soucis. Le jeune monarque a fait signer une clause de confidentialité à ses proches. Obsédé par la maîtrise dub story-telling de sa présidence, il est terrifié à l'idée que certains se confient plus tard, comme tous ces anciens conseillers et ministres de François Hollande. Macron ne supporte pas la transparence. Il souffre avec la contradiction. Il est resté dans le siècle d'avant. C'est un point commun avec Sarkozy. Lui aussi pensait "maîtriser" la réalité. Il avait oublié... internet. Macron n'est pas loin. Il croit qu'il peut "maîtriser" le récit de sa présidence des riches à coup de tweets lénifiants ("Nous ne devons pas être timides mais agir pour changer en profondeur l'Europe autour du triptyque souveraineté, unité et démocratie."). Il ferait presque oublier que la Macronista ne défend pas ce qui mine l'Europe de l'intérieur, le parasitisme fiscal, ces paradis fiscaux au cœur de l'Union qui mine la solidarité économique des Etats.

Même le cœur de la Macronista est pris de doutes. Certes, la droite la moins furibarde s'apprête enfin à la rallier. Après cette trentaine de députés LR auto-qualifiés de "constructifs", voici François Baroin qui confie qu'il "trouve Macron extrêmement brillant" et que "d'une certaine manière il est l'avenir de la droite."Et même Juppé préparerait, nous dit-on, un ralliement en bonne et due forme.


Mais un article du Parisien en début semaine révèle d'autres inquiétudes, et déclenche l'ire présidentielle. Ministres et sous-ministres s'inquiètent de leur avenir. Ça se dispute, ça se jalouse, ça s'observe. Il paraît que Jupiter va virer une bonne partie du gouvernement. Les premières cibles sont cette cohorte de gaffeurs et/ou d'anonymes, qui "n'impriment pas". Les secondes cibles sont les rares vestiges socialistes de l'aréopage macroniste:  "Gérard Collomb est fatigué et Jean-Yves Le Drian inexistant" confie un "fidèle" anonyme de Jupiter. Puis il y a aussi cette polémique sur les frais de bouche et de représentation de celle que personne n'a élue ni épousée, Brigitte Macron. Pour 2018, Brigitte Macron aura 36 000 euros d'argent de poche mensuel. Tranquille...

Complicité de classe
La Macronista a peu à dire sur une autre réalité révélée par 96 médias du monde entier cette semaine: ces derniers publient les résultats à peine stupéfiants d'une enquête qui a duré un an. Les "Paradise Papers" sont quelques milliers de documents révélant la fraude morale mais simple évasion légale orchestrée par quelques multinationales et favoris millionnaires de la Macronista. De ces révélations sur ces milliards d'euros évacués de la solidarité fiscale européenne à cause de paradis fiscaux logés au cœur de l'Union sin chère à Jupiter, le gouvernement français n'eut pas grand chose à dire sauf que tout ceci était légal. Le président désigné d'En Marche et pour l'instant encore porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, ose déclarer qu'il "faut faire la différence entre les optimisations fiscales qui ont une base légale (…) et les infractions."

Ne pleurez pas. N'y avait-il pas autre chose à dire que on porte la seule réaction officielle du gouvernement sur le sujet ? N'y avait-il aucune gêne devant l'ampleur de cette évasion fiscale ? Il faut avouer que les Paradise Papers mettent à mal un autre argument macroniste, avancé pour justifier le récent boulet fiscal - suppression de l'ISF pour les actionnaires et flat tax pour les revenus du capital. Bruno Le Maire, Gérald Darmanin ou Christophe Castaner ont en effet fait appel au "bon sens" des heureux bénéficiaires pour qu'ils dirigent des gains de cette réduction d'impôt si généreuse vers l'investissement productif en France. Les Paradise Papers révèlent que l'on peut investir en France sans y payer d'impôt. Ils jettent la lumière la plus crue sur plusieurs décennies de complicité politique - tolérance à l'égard des paradis fiscaux par les dirigeants de l'Union européenne, tolérance à l'égard des évadés fiscaux ("puisque c'est légal"), réduction de l'impôt des plus riches et des grandes entreprises sur le terrain national.

Dès lundi, Mélenchon balance 5 propositions contre l'évasion fiscale: l'impôt universel (déjà pratiqué aux Etats-Unis), "l'interdiction pour les établissements bancaires d'exercer dans les paradis fiscaux", "la création du délit d'incitation à la fraude fiscale et à l'évasion fiscale" et " l'interdiction d'exercer un mandat social pour les dirigeants de société qui ont exercé dans des paradis fiscaux". Et de conclure: "La balle est dans le camp de Monsieur Macron !" En face, le silence est assourdissant. Pire, tous les amendements proposés contre la fraude fiscale lors de l'examen de la loi de finances, même ceux soutenus par la droite et le centre, ont été rejetés par les députés godillots de la macronista, sur instruction élyséenne.

Du "trainage de patins" comme l'explique Mélenchon ? Non, de la complicité de classe.

Sur France inter, le député insoumis François Ruffin s'interroge: "comment transformer ce dégout ? (...) Il faut détourner le regard  : des entreprises vers le politique". Il rappelle le cas Sanofi, dont le PDG est un proche et mentor d'Emmanuel Macron: "Sanofi engendre un scandale sanitaire et le gouvernement nous répond qu'il ne faut pas critiquer les entreprises françaises."

Mépris de classe
Et puis, enfin, au-delà de ce story-telling parfois défaillant et indécent cette réalité fatigante,
le ministère du Travail annonce la publication des statistiques du chômage ne sera plus mensuelle mais trimestrielle. La raison invoquée est que "les évolutions mensuelles ne sont pas significatives." Surtout, le gouvernement s'épargne quelques épisodes d'un feuilleton médiatique et politique sur l'efficacité de son action contre le chômage. Le ralentissement des créations nettes d'emplois privés au dernier trimestre y serait-il pour quelque chose ?

La dernière publication, fin octobre, fait état d'une baisse du nombre de sans-emplois. Sur trois mois glissants (correspondant principalement à l'été), les chiffres ne sont pas fameux puisque le nombre de chômeurs travaillant à temps partiel (le travail à temps partiel contraint) explose (+4%). Au total, 6,6 millions de personnes sont inscrites à Pôle Emploi, avec ou sans activité, avec ou sans indemnité. L'ancienneté moyenne d'inscription progresse encore et toujours, 590 jours, contre 577 un an plus tôt.

Pôle Emploi publie sa première enquête sur le nombre de chômeurs radiés pour cause de non-recherche active, fraude ou autre motif. Macron candidat avait promis de faire la chasse aux chômeurs-fraudeurs, plus qu'au chômage. L'incapacité libérale à solutionner le problème du maque d'emploi débouche toujours sur ces solutions de traque aux chômeurs. 

C'est plus facile.

Nous voici donc en 2017 et moins de 15% des chômeurs sont radiés pour faute chaque année. Et 60% ne touchaient aucune indemnité, cruel constat pour les surlibéraux qui pensent que la France chômeuse est d'abord une France qu triche. Le mythe du "chômage indemnisé pour tous" a la vie dure. Les thuriféraires de Sarkofrance le propageaient déjà quand il s'agissait de justifier, au plus fort de la crise de 2008/2009 la mise en place de "l'offre raisonnable d'emploi" (qui correspond à une radiation du chômeur refusant 2 offres de Pôle Emploi).

Le weekend précédent, un député LREM, Damien Adam, s'était lâché dans les colonnes d'un quotidien normand: "quand vous êtes salarié et que vous voyez certaines personnes qui partent en vacances aux Bahamas grâce à l’assurance chômage, il est légitime de se dire que ce système marche sur la tête !"  Aux Bahamas.... Sans rire... Quelle indécence...  43% des chômeurs ne sont pas indemnisés. Pour les autres, l'indemnisation moyenne est d'environ 1 000 euros par mois.



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Ami macroniste, réveille-toi.



4 novembre 2017

548ème semaine politique: les "Fake News" d'Emmanuel Macron

 

Où l'on s'amuse du sketch de la taxe sur les dividendes et des poèmes de Jupiter. Et où l'on se rappelle des ravages annoncés des lois Macron sur nos finances publiques et l'égalité homme/femme au travail.


L'antisémitisme, comme le racisme, n'est jamais ordinaire, même quand il est fréquent. En cette semaine d'Halloween, quelques esprits tordus profanent la tombe du jeune Ilan Halimi, mort torturé en 2006 par un gang de barbares parce qu'il était juif. Autre affaire, même haine: un intellectuel salafiste est emporté à son tour par la vague de révélations d'agressions et de harcèlements sexuels. Deux femmes ont le courage de témoigner. Le menaces de morts pleuvent. Tariq Ramadan est accusé de viol, rien que ça. Certains de ses soutiens dénoncent un complot sioniste. Charlie Hebdo s'en amuse, les menaces de mort  redoublent.

Cette sinistre actualité peine à faire dérailler le cours de la Macronista.

Jupiter, sacré poète
Sans crier gare, Emmanuel Macron prévient en Conseil des ministres qu'il sera plus strict sur les attributions de Légion d'honneur. Dans cette présidence des riches, on a les révolutions que l'on peut. Une semaine après un dîner au frais du contribuable, sans caméra, à l'Elysée, avec une partie des principaux donateurs de la campagne Macron - pardon, du gratin de la finance internationale, la démarche semble presque cocasse. La diversion est belle.

L'autre mise mise en scène de la semaine est la sortie de l'état d'urgence. Rappelez-vous le candidat Macron, celui-même qui s'était courageusement opposé au projet de déchéance de nationalité des terroristes binationaux proposé (puis abandonné) par Hollande et Valls au lendemain des attentats de Paris: "Il faut sortir de l'état d'urgence parce que l'état d'urgence est attentatoire aux libertés publiques" écrivait-il. Moins d'un an plus tard, il est à l'Elysée. Et patatras ! Envolées les promesses du candidat !


Le 31 octobre, Jupiter a de l'humour. Il profite d'Halloween pour visiter la Cour européenne des droits de l'Homme à Strasbourg: "La loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme n'a aucunement pour objet de pérenniser l'état d'urgence, comme certains l'ont dit," explique-t-il, sans rire, "mais elle prévoit des mesures nécessaires à la protection de nos compatriotes, strictement définies, encadrées et soumises à un contrôle renforcé des juges qui nous permet d'être tout à la fois efficace dans la lutte contre le terrorisme et de pouvoir mettre fin à la procédure de dérogation, que nous avions ouverte il y a maintenant 2 ans."

Puis il va chanter Carmen avec des choristes amateurs, sous les yeux des journalistes à l'Opéra de Strasbourg. Puis il  a ce tweet indécent: "La France sortira de l’état d’urgence demain, 1er novembre."

C'était faux.

La France entre en état d’urgence permanent ce 1er novembre.

Car Jupiter a bel et bien fait voter une énième loi anti-terroriste qui légalise dans notre droit commun la quasi-totalité des mesures d'état d'urgence et en particulier le primat du soupçon sur celui de la preuve. Le 30 octobre, Jupiter se fait filmer à l'Elysée en train de signer cette loi liberticide -  assignation à résidence décidée par le ministère et sans contrôle a priori par un juge; "visites domiciliaires" sur décision préfectorale (mais avec contrôle d'un juge); durée des contrôles d'identité sans motif élargis 12 heures, "mesures individuelles de surveillance" sur simple présomption. Et si/quand un mouvement politique réellement autoritaire sera au pouvoir, qui s'inquiètera de cet arsenal répressif ? Il sera trop tard.

Le 1er novembre, Jupiter est poète. La com' élyséenne fait feu de tous bois. L'ambassade de France publie un poème écrit par Jupiter lui-même en réponse à un poème d'une adolescente britannique de 13 ans . On nous explique aussi que Jupiter pense aussi à une grande commémoration de du cinquantième anniversaire de Mai 1968 l'an prochain. Il n'y a que le benêt furibard Laurent Wauquiez pour prendre cette distraction au sérieux.

A la différence de Hollande, Mitterrand ou Pompidou, mais comme Giscard, Chirac ou Sarkozy, Emmanuel Macron ira au Vatican recevoir du pape lui-même son titre de Chanoine de Latran. Quel joli symbole de génuflexion anti-laïque...

Mais l'on s'inquiète à nouveau: "peut-on encore parler au président Macron ?" s'interroge Le Parisien pris d'un excès de contestation gauchiste automnale. Barrages filtrants, susceptibilité du jeune monarque, phénomène de cour, tout est dit, et rien n'est surprenant à la fois. Jupiter est dieu, et certains proches, inconséquents, s'amusent à propager l'image.
"Ce qui le fait sourire, c'est qu'il y ait des gens qui croient qu'on puisse encore lui apprendre des choses. Dieu est Dieu !" Un conseiller anonyme d'Emmanuel Macron.

Le sketch de la Taxe sur les dividendes
Moins drôle encore, la majorité macroniste nous déroule un sketch bien préparé sur la taxe sur les dividende. Premier couac, le ministre de l’Économie évoque un "scandale d'Etat". En cause, l'invalidation par le Conseil Constitutionnel de la super-taxe de 3% sur les dividendes instaurée en 2012 par le président Hollande. Bruno Le Maire annonce sans crier gare qu'il a demandé une enquête pour identifier les responsables de cet "amateurisme", dont les premiers résultats sont attendus dès le 10 novembre. A l'Elysée, on frémit et on s'énerve. En 2012, le conseiller ès affaires économiques de François Hollande était un certain ... Emmanuel Macron. Imaginez que les enquêteurs de l'Inspection Générales des Finances pointent du doigt vers l'actuel monarque... Cocasse ...

Second couac, le gouvernement a décidé d'instaurer une taxe spéciale sur les 320 plus grandes entreprises. Patatras ! Le Medef crie au scandale ! Quelques médias parmi les plus macron-compatibles s'étonnent de ce mouvement anti-patronal de la part de la présidence des riches: "Entre la réforme du droit du travail, celle de l'ISF, l'instauration du prélèvement forfaitaire unique sur le capital et la réduction annoncée de l'impôt sur les sociétés sur cinq ans, le gouvernement avait coché en quelques semaines toutes les cases lui permettant de recevoir le satisfecit du patronat pour le quinquennat à venir" écrit un éditorialiste de LCI. "Mais il aura suffi d'un grain de sable, à 10 milliards d'euros tout de même, pour enrayer la mécanique parfaitement huilée de son discours pro-entreprises". Vraiment ?

Pas vraiment. Tout ceci ressemble à une jolie mise en scène, une belle fumisterie. Car il est rarement rappelé dans les médias que cette taxation supplémentaire sera insuffisante pour combler le trou: 4,6 milliards seront financés par les ménages, la taxe sur les entreprises ne devant rapporter que 5,4 milliards.

Les ravages inavoués du boulet fiscal
Autre fumisterie, le boulet fiscal de cette première loi de finances. Un économiste américain s'inquiète du coût réel pour les finances publiques de la nouvelle "flat tax" qui limitent à 30% le total d'imposition et de cotisations sociales à prélever sur les revenus du capital. D'après le gouvernement, cette réduction fiscale coutera 1,3 milliard d'euros aux finances publiques en 2018 et 1,9 milliard en 2019.  D'après Gabriel Zucman, c'est au contraire "une bombe à retardement." "Jusqu’à présent, la fiscalité française tentait, tant bien que mal, de maintenir une certaine neutralité entre l’imposition des dividendes et celle des salaires" expliquait-il au Monde. Et il ajoute: "si les revenus du capital sont moins taxés, alors tous ceux qui sont à la fois salariés et actionnaires de leur entreprise — patrons, entrepreneurs, cadres dirigeants et indépendants — ont intérêt à percevoir le fruit de leur labeur sous forme de dividendes plutôt que de revenus salariaux, siphonnant ainsi les recettes de la Sécurité Sociale et de l’Etat."

Pire encore, en plafonnant ainsi la fiscalisation des revenus du capital, le gouvernement Macron va aussi inciter les entreprises privées à préférer verser de tels revenus à leurs cadres dirigeants plutôt que du salaire.   

Tout ceci n'est que ... bon sens. 

Car cette réduction macroniste n'est assortie d'aucune contrepartie, comme toujours dirons-nous, quand il s'agit d'une mesure favorisant les classes les plus aisées de ce pays. Très sérieusement, Bruno Le Maire avait expliqué qu'il comptait sur "le bon sens des Français" pour que cette épargne soit redirigée vers les entreprises. Il aurait du être plus précis: il espère beaucoup du "bon sens des plus riches des Français", puisque la flat tax n'a d'intérêt fiscal que pour celles et ceux qui (1) touchaient des revenus du capital (épargne, dividendes, plus-values) et (2) payaient plus de 30% d'impôts et de cotisations sociales sur ces mêmes revenus du capital.






Quand Macron balance l'égalité Homme/Femme par dessus bord.
Jean-Luc Mélenchon confie que Macron "a le point", que le jeune monarque a gagné sa première bataille des ordonnances de la loi Travail. La mobilisation sociale n'a pas été suffisante. D'aucuns ont compris qu'il fallait faire une pause. Que nenni ! Il faut parfois du temps pour comprendre les dégâts d'une situation.

Ainsi sur les inégalités homme/femme. La parole se libère, enfin, sur les agressions et le harcèlement sexuel, la secrétaire d'Etat désignée sur le sujet par le jeune monarque s'en préoccupe du coup légitimement.


Mais pour le reste....  la sinistre loi travail entre en vigueur. Et l'on mesure, peu à peu, les ravages de la loi Travail sur l'égalité homme/femme en entreprise. Sur Twitter, ce 3 novembre, la secrétaire générale adjointe de la CGT Cadres Sophie Binet déroule les dégâts. Elle livre un bilan factuel des premières mesures de ce quinquennat:
  • La négociation en entreprise sur l'égalité salariale homme/femme était obligatoire chaque année, grâce à Jospin; elle n'aura plus lieu que tous les 4 ans, merci Macron
  • Le contenu même de cette négociation était fixé par la loi grâce à Hollande, il ne l'est plus, merci Macron. 
  • Les CHSCT, en charge des conditions de travail et donc de la prévention des violences sexistes, ont été supprimés, merci Macron. 
  • Les commissions Egalité professionnelle des CE obligatoires dans les entreprises de plus de 300 salariés sont optionnelles.
  • Y-a-t-il une seule autre mesure favorable à l'égalité Homme/Femme en entreprise dans ces premières mesures du quinquennat Macron ? Non, merci patron.

Ce quinquennat Macron se déroule donc sans accroc ni surprise à en croire l'Elysée. La communication est belle, soignée. Il faudrait ainsi relater la victoire supposée d'une classe sur les autres, assumer le story-telling de ces puissants bâti sur des distractions pour la foule et quelques mauvaises mises en scènes.


Ami macroniste, rendors-toi.