30 décembre 2017

556ème semaine politique: l'abécédaire des promesses (non) tenues d'Emmanuel Macron

 

 

Où l'on parle du premier bilan de Jupiter, désigné sur un référendum anti-Le Pen après une élection improbable. Nicolas Sarkozy avait beaucoup promis, il eut droit à un abécédaire fourni et régulier tout au long de son unique quinquennat. François Hollande avait peu promis, mais son revirement politique lui valut d'autres abécédaires, plus précis encore. Avec Macron, l'histoire est différente. Comme Chirac élu à 82% en 2002, il a cru que sa victoire était un référendum politique sur son programme.

 

Le programme du candidat était pourtant vague. Il fut même dévoilé tardivement, quatre semaines avant le premier tour du scrutin présidentiel, sur fond de story-telling populiste. Une fois élu, Macron devient Jupiter.  

 

Jupiter ne fait pas tout ce qu'il avait promis. Et il choisit les promesses qu'il entend respecter.

 

Voici donc le premier abécédaire des promesses tenues et non tenues de Macron, aka Jupiter, une comparaison des paroles et des actes qui dessine ce qu'est une présidence des riches.

 



Afrique
En juillet, le jeune monarque lâche cette formule, signe d'une ignorance crasse: "Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien." Pour son premier déplacement, en décembre, il visite trois pays.  Il évite le discours raciste version Sarko juillet 2007 et "l'homme africain", mais pas les mensonges: il emprunte d'abord les références locales faciles, mais surtout nie avoir une quelconque politique africaine. L'a-t-on entendu renoncer à la présence militaire française ou à la protection des mines d'uranium si chère à notre industrie nucléaire ?  Non bien sûr. Pour Noël, il se rend d'ailleurs au Niger auprès de militaires français en mission sur place.

Absentéisme
Les nouveaux élus de la République en marche sont nombreux, très nombreux. Ils se révèlent surtout, en proportion, parmi les plus abstentionnistes de l'hémicycle, les véritables cancres de l'Assemblée. Est-ce donc cela, le renouveau ? En décembre, l'hebdomadaire Capital publie ainsi un classement des député(e)s les moins actifs, la palme du bonnet d'âne reviennent à Bruno Bonnel (le "tombeur" de Najat Vallaud Belkacem à Villeurbanne, 570ème sur 572) et Claire O'Petit, ancienne participante des Grandes Gueules sur RMC devenue députée en juin 2012. Manuel Valls lui-même, apparenté LREM, se classe 496ème... La très faible marge de manœuvre de ces élu(e)s rapidement godillots peut expliquer pourquoi ils sont si peu assidus et motivés aux travaux parlementaires.
(Cf "Député(e)s").

Agriculture
Pour aider les agriculteurs à mieux vivre de leur exploitations, "plutôt que des aides publiques", le candidat Macron promet "5 milliards d’euros" pour "la modernisation de leurs exploitations".
En octobre, Macron promet une loi pour 2018 sur les prix de vente de l'agriculture. Il refuse d'interdire les ventes à perte de la grande distribution. Mais les États généraux de l'alimentation organisés en décembre 2017 déçoivent. Nicolas Hulot boude la clôture de ce show médiatique.

Armées
Promesse non tenue! En juillet, Jupiter provoque une crise inouïe avec le chef des armées. Il supprime 850 millions de crédits dès 2017 alors qu'il promettait 2 milliards de plus chaque année. Le chef d’État-major des armées s'émeut. Macron l'humilie en public, le général démissionne. Quelques jours après, la ministre des Armées fait marche arrière sur le budget, c'est incompréhensible.

APL
Le candidat Macron promet la construction de "80 000 de logements pour les jeunes". Mais Jupiter décide dès juillet de sucrer 5 euros par mois d'aides personnalisées au logement (APL) pour économiser moins de 200 millions d'euros annuels. Pire, le budget 2018 allège encore les APL touchées par les bailleurs sociaux pour le compte de 2,2 millions de leurs locataires d’en moyenne 60 euros par mois.
(Cf. "Logement")

Auto-entrepreneurs
Esclavage des temps modernes, l'auto-entrepreneuriat est essentiel pour la "start-up nation" chère à Jupiter.  Comme promis, Jupiter supprime le RSI (ce qui ne change rien sur le fond), et double le plafond de revenu des autoentrepreneurs.

Caractère
Jupiter à l'Elysée surprend. Autant le candidat Macron était charmant, modeste et maitrisé autant Jupiter paraît arrogant, méprisant et immature. D'abord, il se déguise. On dirait un ravi de la crèche. Il se déguise en pilote de chasse quand il visite une base aérienne. Il endosse un pull de la Marine et pose un micro en main quand il est dans un sous-marin militaire. mais son meilleur costume reste le costard cravate, version Medef. Ensuite, il multiplie les déclamations qui témoigne d'un mépris de classe rare à cette fonction. Mais Sarkozy était plus prudent. "Je ne cèderai rien aux fainéants" lance-t-il depuis l'étranger. "Une gare, c'est un lieu où l'on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien" explique-t-il en inaugurant une gare. En Corrèze, il explique sagement devant les caméras que "certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas, parce qu’il y en a qui ont les qualifications pour le faire et ce n’est pas loin de chez eux."

Chômeurs
Le candidat Macron avait promis d'ouvrir le droit aux indemnités chômage pour les démissionnaires (mais "une fois tous les 5 ans"). 6 mois plus tard, ce droit n'est pas encore en place, Jupiter avait d'autres urgences. Il a même déjà reculé. En octobre, il explique que ce droit ne serait exerçable que tous les 7 ans finalement. Macron avait aussi promis d'élargir l'assurance chômage aux artisans, aux commerçants indépendants, aux entrepreneurs, aux professions libérales, et aux agriculteurs. On attend de connaître l'addition.

Il est une autre promesse, sanctionner plus durement les chômeurs qui refusent des "offres raisonnables d'emploi" Jupiter est pressé de renforcer la mesure décidée par Sarkozy, mise en place par Wauquiez en 2009: il annonce vouloir quintupler les effectifs de contrôle. Quelques jours avant la fin 2017, le Canard Enchaîné révèle une note confidentielle sur les nouveaux plans de sanction des chômeurs du gouvernement jupitérien: obligation faite au chômeurs d'établir un bilan mensuel de leur recherche d'emploi et réduction de 50% des allocations pendant 2 mois (contre 20% actuellement) en cas de refus de 2 offres "raisonnables". Attrapé en vacances au ski à Noël sur le sujet, Macron déclare "assumer."

Chômage
Pour faire baisser le chômage, rien de tel que de supprimer les statistiques. Dès 2018, la publication des statistiques ne sera plus que trimestrielle.

Coût du travail
Comme promis, Macron pérennise les exonérations de cotisations sociales des entreprises initiées par François Hollande avec son Pacte irresponsable. Plus de 40 milliards d'euros se sont déjà envolés, pour peu de résultats (à l'exception d'un coût hors normes pour de trop faibles créations d'emplois et le versement de juteux dividendes pour des entreprises qui n'en demandaient pas tant). En octobre, le CICE est remplacé par un allègement sans contreparties des cotisations sociales (6 points dans la limite de 2,5 fois le SMIC). Merci Macron, merci patron.

Démocratie
Le candidat Macron semblait si moderne. Jupiter est si ringard dans sa pratique des institutions. D'abord, le candidat promettait le débat et les alliances parlementaires. Flanqué d'une majorité pléthorique, il n'ose même pas faire débattre de sa loi travail. Pire, le règlement interne de la République en marche (LREM) interdit à ses membres de cosigner tout amendement ou proposition de loi issus d'un autre groupe politique. Quel joli sens du débat !
Cf "Monarchie".

Député(e)s
"Nous demanderons aux parlementaires de mettre en place des dispositifs innovants d’évaluation du travail parlementaire et législatif." Les nouveaux député(e)s étiqueté(e)s En Marche, élu(e)s en juin 2017 sur fond d'abstention massive (57%), sont pléthoriques (plus de 300). Macron avait promis une nouvelle éthique, un renouveau par rapport à "l'ancien monde", de l'innovation à tous les étages. Macron a surtout et d'abord recyclé nombre d'anciens notables ou élus de droite comme de gauche. Mais le plus gros contingent est composé de "novices" sociologiquement très marqués (à 60% CSP+). Durant les 7 premiers mois de cette législature, la cascade de bourdes fait rire, puis la succession de dérapages inquiète: des novices se trompent de vote, d'autres oublient de voter. D'autres encore surprennent déjà par leur abstentionnisme. Un député LREM fustige les "personnes qui partent en vacances aux Bahamas grâce à l’assurance chômage"; une autre se plaint de "ne pouvoir acheter une Porsche" depuis qu'elle est députée; une autre explique devoir manger plus souvent des pâtes car ses 5 000 euros mensuels ne lui suffisent pas; un autre encore fracasse un cadre du PS à coup de casque à moto. Plus grave, une élue LREM de la Sarthe facture même des visites touristiques de l'Assemblée. En octobre, l’Élysée fait organiser un séminaire de re-motivation des troupes.

Écologie
L’environnement n'est pas son fort, mais Macron désigne Nicolas Hulot comme ministre d’État en charge du sujet. La prise est presque belle. Les désillusions sont rapides. Macron réduit les effectifs du ministère. Il renie la loi de transition énergétique votée sous Hollande, il renie aussi sa propre promesse de réduire notre dépendance à l'énergie nucléaire, "avec l'objectif de 50% d'énergie nucléaire [dans la production électricité] à l'horizon 2025". Hulot tousse. Macron se renie encore sur les perturbateurs endocriens et le Glyphosate. Macron entérine l'affreux CETA malgré les inquiétudes pour l’environnement. Hulot annonce la fin des énergies fossiles (#lol), mais autorise de curieuses exceptions, et pour dans très longtemps. Quant à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, Macron reporte son choix « au plus tard en janvier » . La seule et maigre satisfaction est que Macron fait voter son programme, qui est douloureux pour les foyers modestes (avec l'alignement de la fiscalité du diesel sur celle de l’essence, sans compensation pour les plus pauvres). En juin, il s'amuse d'un "make our planet great again", slogan prononcé quand Trump annonce que les États-Unis se retirent de l'accord de Paris. L'image est aussi belle que fausse. En décembre, il organise un show avec des financiers et Arnold Schwartnegger en bordure de Paris. A Bruxelles, le gouvernement macroniste fait tout pour reporter la mise en œuvre le contrôle des investissements en énergies renouvelables. 
Et il annule la maigrichonne taxe française sur les transactions financières censées contribuer au financement du plan climat pour mieux attirer la finance européenne post-Brexit. Habile, Macron fin septembre déclare qu'il préfère une taxe ... européenne.

Economie
Emmanuel Macron fut l'architecte clandestin de la politique de l'offre de François Hollande.
Cette politique de soutien aux entreprises plutôt qu'aux ménages, aux employeurs plutôt qu'aux salariés, au capital plutôt qu'au travail a fait ses preuves: persistance d'un chômage élevé, précarisation grandissante des classes populaires, et aggravation de la violence sociale.

Éducation
Macron nomme un ancien sarkozyste au ministère de l'Education nationale. Il fait de la com', beaucoup de com'. De moyens il en est peu question. Deux mesures emblématiques: la mise en place symbolique (et numériquement marginale) de classes à 12 élèves dans 2 500 classes, et le remplacement du système APB par "Parcours Sup" avec sélection à l'université. Mais la suppression de dizaines de milliers d'emplois aidés frappe de plein fouet les établissements scolaires (20 000 postes). Blanquer a aussi cédé à la mesure gadget du programme macroniste, l'interdiction des portables.
(Cf "Emplois aidés")

Emplois aidés
Le candidat n'avait rien promis, mais il décide quand même de supprimer quelque 110 000 postes dès 2018. Jupiter se justifie: "c'est de la subvention déguisée vers les collectivités locales ou le secteur associatif".

Europe
Son projet, c'est l'Europe, toute l'Europe, encore l'Europe. Une Europe idéalisée qu'il dépeint avec grandiloquence dès qu'il en les moyens comme lors de l'un de ses shows les plus fameux, sur la colline de la Pnyx, berceau de la démocratie. Macron a une carte à jouer: le Royaume Uni ne compte plus à cause du Brexit. L'Allemagne est affaiblie par la réélection ratée d'Angela Merkel. L'Espagne est menacée de dislocation par la crise catalane. La Grèce est soumise par le Diktat du triumvirat, la Pologne isolée par sa xénophobie bigote, et la Hongrie a dressé un mur à ses frontières. Et pourtant, Macron a l'Europe hargneuse, égoïste, triste. Le décalage entre les paroles et les actes est là encore parfois sidérant: il est silencieux sur la Catalogne, il n'offre pas même un rôle de médiation. Il est égoïste et hypocrite sur l'accueil des migrants. Il est timide sur les paradis fiscaux intra-européen. Qu'a fait Macron sur l'Europe à part des discours ? Rien, à part se disputer les restes de puissance britannique. La politique européenne de Macron est de convaincre les Français que le suppositoire libéral et xénophobe européen est une bonne chose.

Etat d'urgence
Le candidat Macron avait promis de supprimer l'état d'urgence. En fait, le jeune monarque l'a fait entrer pour l'essentiel dans le droit commun. L’exécutif, sans contrôle d’un juge, sera autorisé à surveiller quelqu’un et le punir sur la base de simples présomptions. La France entre en état d’urgence permanent ce 1er novembre -   assignation à résidence décidée par le ministère et sans contrôle a priori par un juge; "visites domiciliaires" sur décision préfectorale (mais avec contrôle d'un juge); durée des contrôles d'identité sans motif élargis 12 heures, "mesures individuelles de surveillance" sur simple présomption.

Famille
Le candidat Macron était très silencieux sur la politique familiale. En 2018, l'une des rares bonnes mesures familiales est aussi modeste que le nombre de familles concernées: l'augmentation de 30% du complément de mode de garde (CMG) pour 78 000 familles monoparentales à faibles revenus. Mais dans l'ensemble, les prestations familiales seront réduites (environ -15 euros mensuels pour 1,5 million de foyers bénéficiaires;  ) les critères d'attribution durcis (pour exclure 10% de familles), pour une économie  Au final, 500 millions d'euros seront économisés sur les prestations familiales.

Femmes
Contrairement à sa promesse de campagne, Jupiter ne dédie aucun ministère plein et entier aux droits des femmes.  En octobre, un immense mouvement de protestation se déclenche sur les réseaux sociaux pour dénoncer des faits de harcèlements et de violences sexuelles, principalement contre des femmes. Il faut attendre un mois pour que l’Élysée réagisse, sur fond de réduction du budget du secrétariat à l’Égalité Femmes/hommes.
La parité au gouvernement est également de façade: les cabinets, y compris celui du jeune monarque, sont très masculin; la présidence de l'Assemblée, tout comme celle du groupe de député(e)s LREM, et même la direction du parti présidentiel sont rapidement tenues par des hommes.

Finance
Le candidat Macron était presque taiseux sur la finance. L'ancien banquier cachait ses soutiens de campagne. Il promettait même que "la réforme de la fiscalité du capital se fera à coût nul". Sans rire, son premier budget abaisse de 5 milliards les prélèvements fiscaux sur le capital (cf. "ISF") et ses revenus (cf. "flat tax"). Mieux, il supprime la taxe sur les hauts salaires de la finance. Macron veut attirer les grandes institutions financières. Brexit oblige, Paris, Francfort et quelques autres se disputent la place de Londres. Le double cadeau de la suppression de l'ISF et de la flat tax est une aubaine: les actions gratuites, octroyées par les entreprises à leurs cadres dirigeants, ne seront plus comptabilisées dans le patrimoine imposable et la plus-value générée par leur vente sera imposée à  taux réduit !
Côté symbole, fin octobre, Macron offre une journée complète à l'Elysée à des fonds d'investissements anglo-saxons pour qu'ils rencontrent au calme le gouvernement.

Merci Macron, merci patron.

Flat Tax
La mesure figurait dans son programme, presque cachée et non chiffrée dans la rubrique "soutenir l'investissement privé": tous les revenus du capital, (dividendes, intérêts d'épargne, plus-values issues de spéculation boursière, etc) seront taxés à un taux fixe qui englobera impôts et cotisations sociales. La création d'une flat tax à 30% sur les revenus du capital, plus favorable que l'imposition du travail est un cadeau inégalitaire par excellence, l'une des plus grande mesures de classe de ce gouvernement. A revenu égal, le capital sera moins taxé que le travail. Voici le plus beau résumé de cette Présidence des riches.

Fonction publique
Le candidat Macron a promis 120 000 suppressions d'emplois publics. Pour son premier budget, la réduction ne portera que sur ... 1 600 postes. A l'inverse, Jupiter s'empresse de rétablir la journée de carence (180 millions d'euros d'économies).

Formation
"Nous engagerons un effort national de formation sans précédent." Jupiter a préféré précariser les travailleurs par le vote par ordonnances et sans négociation d'une loi travail dès l'été. Le candidat était ambitieux: "Nous formerons 1 million de jeunes et 1 million de demandeurs d’emploi peu ou pas qualifiés et aujourd’hui sans perspective." On attend sa loi sur la formation pour 2018

Fraude
La fraude fiscale est estimée à 75 milliards d'euros par an en France. Le candidat avait promis "d'alourdir les sanctions contre la fraude fiscale". Le président n'annonce rien. Au contraire, il fait rejeter à l'Assemblée une proposition législative de supprimer le "verrou de Bercy", qui désigne le privilège du ministre du budget, seul habilité à conduire des actions pénales contre les fraudeurs fiscaux.

Gouvernement
"Je constituerai un gouvernement de 15 membres maximum, très ramassé, avec des personnes de la société civile et des personnes du monde politique venant de la gauche, du centre, de la droite" déclarait Macron le 12 mars.  Patatras ! Avec 31 ministres et secrétaires d’État, le gouvernement de Jupiter est pléthorique comme les précédents. Pire encore, le choix de certain(e)s titulaires "de la société civile" est effroyable. La ministre du travail, Muriel Pénicaud, est une ancienne DRH d'un groupe agro-alimentaire. On découvre son pedigree au fil de ces premiers mois: 1 million d'euros stock-options grâce un plan social; enquête pour favoritisme quand elle dirigeait un organisme public; 671 infractions au code du travail en l'espace d'un an dans le même organisme.

Heures supplémentaires
Mesure phare du quinquennat sarkozyste, la défiscalisation des heures sup avait aggravé le chômage, les employeurs privilégiant le recours aux heures sup' à l'embauche. Macron avait promis son rétablissement, mais il a reculé. Le gouvernement promet qu'elle sera mise en oeuvre "d'ici la fin du quinquennat". Son coût annuel est estimé à 3,5 milliards d'euros.

Hôpitaux
"Nous doublerons le nombre de maisons de santé. Pour lutter contre les déserts médicaux, ces maisons regrouperont des médecins, des infirmières, des orthophonistes, des kinésithérapeutes, des professionnels du sport". Pour l'instant, le gouvernement jupitérien réclame 1,6 milliards d'euros d'économies aux établissements de santé et médico-sociaux en 2018. Dans les CHU, les annonces de plans sociaux se succèdent: à Lyon, 169 postes; à Marseille, entre 800 et 100; à Paris, 180; la Réunion, 70.

Immigration
"C’est nécessaire pour accueillir dignement les réfugiés qui ont droit à la protection de la France. Les autres seront reconduits sans délai vers leur pays afin qu’ils ne deviennent pas des immigrés clandestins." La promesse était vague. Sur scène, Jupiter livre de grands et beaux discours sur l'accueil et la solidarité, la vocation universaliste de la France (« La crise migratoire est un défi durable. Nous manquons d’efficacité comme d’humanité. »). Une fois Macron au pouvoir, une politique répressive violente se met en place. Une politique qui fait honte et dérange jusque dans les rangs de LREM. Une politique que le New York Times compare au programme du nouveau gouvernement autrichien qui allie conservateurs et extrême droite: instructions à la police de traquer les migrants et de détruire leurs abris de fortune; harcèlement des aidants, tri dans les centres d'hébergement d'urgence, et, last but not least, projet d'extension à 90 jours la durée maximum de la rétention (contre 45). 22 associations, et pas des moindres (Fondation Abbé Pierre, Emmaüs, Secours catholique, Samu social de Paris, Médecins du Monde, etc), signent une lettre commune de protestation, le Défenseur des droits enjoint le gouvernement de supprimer sa circulaire sur le tri. Rien n'y fait. En septembre, Macron confiait: "Il faut réenvisager la reconduite à la frontière dans le sens de l'efficacité." On sait désormais ce qu'il entendait par là.


Impôts sur les sociétés
Macron l'a promis. L'impôt sur les sociétés, payé plein pot par les entreprises moyennes ou petites, sera réduit de 33 à 25%. Mais Jupiter hésite un peu. La mesure sera réalisée "sur la durée du quinquennat". Dès 2018, le taux sera réduit à 28% pour l'ensemble des entreprises.

Impôts
En juillet, le premier ministre annonce une baisse de la pression fiscale en 2018 de 11 milliards d'euros, dont 5 milliards d'euros pour les plus riches (ISF, flat tax). Patatras, l'INSEE évalue au contraire à 4 milliards de hausse l'évolution fiscale en 2018 (cf. "Pouvoir d'achat"). Promesse non tenue.

ISF
C'est le joli cadeau, l'un des plus beaux pour la France d'en haut. L'ISF est supprimé et remplacé par un impôt sur le patrimoine immobilier mais évite le capital, les œuvres d'art et tout le reste. Dans la précipitation, la majorité macroniste ré-hausse quelques taxes marginales sur les preuves les plus ostentatoires de richesse. Mais le cadeau demeure, 3 milliards pour 350 000 foyers. Merci Macron, merci patron.

Investissements
Le candidat avait promis un "Grand Plan d'Investissement", il recyclait ainsi une belle formule de Sarkozy. Fin septembre, le premier ministre pose devant les photographes, le plan est lancé: 57 milliards d'euros sur 5 ans "consacrés à la transition écologique, la formation professionnelle, l'innovation et la transformation de l'action publique": la somme sonne fort. Pourtant, cela représente moins de 6% du budget de l'Etat sur la période. Mais rassurez-vous, 20 milliards de cette somme insuffisante iront à la transition écologique. On sourit. Macron ne pense même pas à recycler et éteindre nos centrales nucléaires hors d'âge.

Logement
Le candidat Macron n'avait pas promis grand chose. Ou plutôt, il avait promis la "stabilité". Mais il fustigeait déjà "l’empilement des normes techniques, le droit de l’urbanisme et la durée des procédures". Jupiter promet 14 milliards d’euros sur cinq ans pour la rénovation énergétique. Mais le plan Logement jupiterien passe d'abord par la baisse des aides pour les plus fragiles (APL), puis le gel du Livret A. Quand l'hiver arrive, les morts de SDF refont surface dans l'actualité. Le délégué général de LREM, Christophe Castaner explique benoitement sur BFM, le 29 décembre, que des places d'accueil existent, mais que "des femmes et des hommes refusent aussi d'être logés."
 Cf. "APL".

Médias
Le candidat avait victorieusement remporté la désagréable joute verbale avec Marine Le Pen lors du débat d'entre-deux tours. Il était un candidat décomplexé, agile et aimable avec la presse. Jupiter est si différent. Le soir de son élection, il s'élance dans un discours emprunté, place du Louvre, la Pyramide dans son dos, ça sonne ringard, presque Giscard. mais ce n'était rien. Dès son élection, Macron refuse d'abord tout entretien contradictoire en direct avec des médias. Il fuit les médias. Donc pas d'interview du 14 juillet (ses communicants expliquent qu'il a une pensée "trop complexe", ne riez pas), pas de conférence de presse avec questions/réponses de la salle, pas d'entretien filmé. Chaque déplacement tient à l'écart journalistes et manifestants. Macron se terre. Il veut des photos arrangées et officielles, des propos filtrés et choisis. Ses ministres menacent de porter plainte à la moindre fuite dans la presse de leur plan d'action (loi travail, réforme de l'audiovisuel public). Jupiter ostracise certains journalistes qu'il n'aime pas. Il s'agace rapidement quand les questions lui déplaisent. A la fin de l'été, ses communicants inquiets de sa chute sondagière le convainquent de parler. Interview dans le Point, puis sur TF1; exercice déambulatoire complaisant à l'Elysée sur France 2, fausse spontanéité chez Hanouna, et même selfie animé et scénarisé chez Konbini, la nouvelle agence de brand content.

Monarchie
Le candidat Macron promettait un renouveau de la démocratie. En fait, c'est tout l'inverse. Passons sur le peu de cas qu'il fait du Parlement (cf. "député(e)s). Comme Sarkozy, Macron sur-centralise le pouvoir. Le premier ministre est un pantin, il partage même ses conseillers avec ceux du président. Les hommes du monarque ont plus de poids que les ministres. Mais ils ne sont jamais interrogés par l'Assemblée nationale - séparation des pouvoir oblige. Ils ne se justifient jamais. Macron a monarchisé encore davantage une Vème République déjà peu démocratique.  Le parti du président est un parti godillot. La Vème République ne change pas. Le mythe d'un mouvement populaire, démocratique et spontané lancé en avril 2016 était une affaire de publicitaires. Macron a désigné lui-même le fidèle et opportuniste Christophe Castaner pour être élu sans rival à la tête de LREM.
 A peine élu, il convoque à grands frais le parlement à Versailles pour l'écouter deux heures durant exposer sa "vision". Il célèbre Poutine à Versailles également. Il invite Trump à Paris pour le défilé du 14 juillet.

Moralisation
L'une des premières lois de la macronista, théâtralisée au maximum par l'Elysée, porte sur la moralisation de la vie politique. Elle est d'abord mal née. Le chef de groupe des députés LREM, Richard Ferrand, est exfiltré du gouvernement dès juin quand l'on découvre combien il a abusé de ses mandats pour s'enrichir en Bretagne. François Bayrou, leader du Modem et soutien décisif de Macron lors de la présidentielle, démissionne du ministère de la Justice, comme deux autres ministres Modem, quand une affaire des emplois fictifs, qu'il reconnait, le frappe en plein cœur. La loi elle-même comprend de petites avancées et de gros renoncements. L’impossibilité d’embaucher des membres de sa famille ? Pas faux, mais voici que des députés LREM embauchent mutuellement des proches. L’impossibilité d’être élu quand on a un casier judiciaire B2 comme le déclare Macron ? Non, pas du tout. La loi exonère les condamnés préalablement à la loi. Et pour les autres, elle n'interdit pas la levée de peine d'inéligibilité. Macron créé aussi un dispositif farfelu de contrôle des indemnités parlementaires (contrôle aléatoire, et sans moyens). Enfin, le candidat avait promis "un encadrement strict des pratiques de lobbying en imposant un horaire et un lieu précis pour les réunions qui relèvent de ces pratiques au Parlement", une promesse non tenue. Aucune disposition ne prévient les conflits d'intérêt.

Pénibilité
En juillet, Jupiter s'agace: "Je n’aime pas le terme [de pénibilité] donc je le supprimerai. Car il induit que le travail est une douleur".  A compter du 1er janvier 2018, quatre facteurs de risques ne sont plus pris en compte et n'ont plus à être déclarés pour le calcul de la retraite. 

Perturbateurs endocriniens
"Nous placerons la France en tête du combat contre les perturbateurs endocriniens et les pesticides." En novembre 2017, les Etats membres de l'UE votent la légalisation du glyphosate. Et du coup Macron recule: "J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans 3 ans." Le même Macron expliquait dans son programme que les perturbateurs endocriniens tel le glyphosate étaient "l’une des principales causes de l’augmentation des cancers des enfants depuis 20 ans." Mais visiblement, une fois élu, pas d'urgence.

Pouvoir d'achat
"Nous améliorerons le pouvoir d’achat de tous les travailleurs." La formule claque, c'est la première promesse du programme du candidat Macron. Promesse tenue ? Le gouvernement fait bel et bien voter la suppression des cotisations salariales d'assurance chômage et d'assurance maladie pour les salaires de moins de 4000 euros, mais en contrepartie d'une augmentation de la CSG de 1,7 point. Les cotisations sociales diminuent de 2,20 % au 1er janvier 2018, puis de 0,95 % au 1er octobre 2018. Mais l'arnaque est belle: les fonctionnaires voient le gel du point d'indice prolongé. Et les impôts indirects augmentent pour tous. Des experts macronistes proposent même la suppression de l'indexation du SMIC sur l'inflation. Pour 2018, l'INSEE estime que le pouvoir d'achat des ménages, surtout les plus modestes, baissera (-4 milliards d'euros). Et ce n'est qu'une estimation globale. Les ménages les plus aisés économiseront 5 milliards.

Précarité
"Nous combattrons la précarité en responsabilisant les employeurs." Le candidat Macron promettait de créer un bonus-malus sur l'assurance-chômage pour pénaliser les contrats courts. Au second trimestre 2017, 70% des embauches portaient sur des postes de moins d'un mois. En décembre 2017, la promesse semble enterrée. Lors de la première réunion avec les partenaires sociaux, les représentants du ministère du Travail ne disent mot de cette promesse de campagne. Pire encore, ils expliquent: "le bonus-malus est une réponse mais n'a jamais été un objectif en soi."

Remboursements de soinsOn se souvient de la formule qui soulevait des vagues d'applaudissements extatiques lors des meetings du candidat Macron, l'arbre qui cachait une forêt: "Nous mettrons en place la prise en charge à 100% des lunettes et des prothèses auditives et dentaires d’ici 2022, en lien avec les mutuelles et l’ensemble des professionnels de santé." Un groupe de travail est effectivement mis en place dès juin. Mais la ministre de la santé Agnès Budzyn douche les espoirs: la mesure est complexe et coûteuse, et rien ne se mettra en place d'ici la fin du quinquennat. Pire encore, quand des journalistes insistent quelques mois plus tard sur cette promesse de campagne, la ministre devient méprisante: "On n'est pas là pour offrir des montures Chanel à tout le monde ou des verres antireflet qui filtrent la lumière bleue". La Sécu rembourse moins de 2 euros par lunette, mais la ministre ne le sait visiblement pas. Pire encore, le gouvernement fait voter 320 millions d'euros de déremboursements de soin dès 2018. Merci patron, merci Macron.
(Cf. "Santé" et "Sécu")

Santé
"Nous consacrerons 5 milliards d’euros de notre Plan d’investissement à la santé, notamment à la transformation de notre médecine de ville et de nos hôpitaux." La promesse est loin. Pour 2018, le gouvernement prévoit 4 milliards d'économies sur la santé publique...
(Cf "Sécu".)

SDF
Candidat, il promet que la Poste domicilie les SDF. Une promesse pour l'heure enterrée.
Il est élu depuis quelques mois mais il en rajoute encore. En juillet 2017, Jupiter annonce: "Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des hommes et des femmes dans les rues, dans les bois. Je veux partout des hébergements d’urgence." Quelques mois plus tard, tout Jupiter qu'il est, le constat est cruel. Les migrants sont traqués, et les SDF souffrent toujours dans les rues. Le ministre attaché au sujet, Jacques Mézard, se réjouit à la veille de Noël: "Avec plus de 9 000 places supplémentaires ouvertes dans le cadre du plan hivernal, le parc d’hébergement d’urgence est désormais de 140 000 places soit 13 000 de plus que l’an dernier à la même période." Le même ministre omet de rappeler que son gouvernement vient de décider de trier via contrôle d'identité les personnes hébergées en urgence. D'après l'INSEE, le pays compte plus de 140 000 personnes dans la rue.

Sécu
Le projet de loi de financement de la Sécu économise 4 milliards d'euros en remboursements, frais de santé et frais de gestion des hôpitaux. Ces économies seront supportées par les patients et les établissements de santé, pas les labos: hausse de 2 euros du forfait hospitalier (+200 millions d'euros), réduction des arrêts de travail et du transport médicalisé (240 millions), réduction du nombre de soins (335 millions d'euros),  baisse des prescriptions (320 millions).

Retraite
Le futur Jupiter a promis une grande réforme simplificatrice. Pour l'heure,  la revalorisation des retraites (0,8%) est repoussée de 2018 à 2019. Et la prise en compte de la pénibilité est simplifiée (cf. "Pénibilité").

SMIC
Le SMIC n'est évoqué que deux fois. La première pour fixer un seuil d'exonération de cotisations sociales. La seconde fois pour promettre que "tous les smicards qui bénéficient de la prime d’activité toucheront par exemple l’équivalent d’un 13e mois de salaire, soit 100€ nets de plus chaque mois." Le candidat ne proposait rien d'autre et surtout pas d'augmentation. En août 2017, la Commission nationale de la négociation collective est renouvelée avec des quelques sympathisants macronistes, dont le président. La dite commission, créée sous Sarko, propose ensuite la désindexation du SMIC de l'inflation. Le gouvernement se défend d'y penser, pour l'instant.

Taxe d'habitation
La belle promesse, presque tenue. Supprimer la taxe d'habitation pour 80% des foyers (ou plutôt 40% de plus que les 40% déjà exonérés), la mesure est évidemment votée dès l'automne. Mais elle sera effective en plusieurs étapes. Les collectivités locales s'inquiètent. Macron promet que la perte de revenu sera compensée "à l'euro près", mais pour deux ans seulement. Et cela ne suffit pas. Entre Noël et Jour de l'An, Jupiter annonce qu'il veut supprimer la dite taxe pour tous. Fichtre ! Dernier cadeau de Noël pour les 20% les plus riches. Merci patron !

Travail
C'est la première grande loi du quinquennat, tout un symbole. Le candidat avait été peu disert sur cette réforme pendant la campagne: il avait promis les ordonnances dès l'été. Et aussi que "les horaires effectifs ou l’organisation du travail seront négociés au plus près du terrain", via un "accord majoritaire ou par référendum d’entreprise sur la base d’un accord." Mais jamais le candidat Macron n'avait détaillé le contenu de sa loi Travail. A peine élu, il lance une cinquantaine de réunions bilatérales avec les syndicats, sans jamais dévoilé son projet. Il exclut les députés tout l'été du processus. Sa ministre Pénicaud explique que le Code du travail est fait "pour embêter 95% des entreprises. Fin août, les 36 mesures de la réforme du code du travail, le jour de la clôture de l'université d'été du MEDEF (symbole!) sont exposées. Les avancées pour les salariés sont maigres: prise de charge des salaires et frais de déplacement des salariés de TPE/PME impliqués dans des accords de branches, mise en ligne du code du travail; augmentation de 25% des indemnités légales de licenciement. Pour le reste, la loi Travail est d'abord l'un des plus graves retours en arrière que cette République ait connu: Cette loi "transforme" le présent en passé, une époque pré-Front populaire.

La loi Macron créé le contrat de travail le plus précaire, elle fusionne et réduit les instances de représentation du personnel ("nous redéfinirons le dialogue social", lol!), elle plafonne les indemnités prudhommales même en cas de harcèlement sexuels, créé les "licenciements collectifs à l'amiable" est détestable mais symptomatique de cette novlangue, et délègue au niveau des entreprises la définition des conditions de congé maternité

Juste après Noël, les groupes PSA et Pimkie annoncent qu'ils profiteront de la nouvelle loi travail pour lancer des procédures de rupture conventionnelle collective. à compter de 2018. Merci patron, merci Macron.

Terrorisme
Le candidat avait promis de créer "un état-major permanent des opérations de sécurité intérieure, de renseignement et de lutte contre le terrorisme" directement rattaché au président de la République. En juin, ce caprice monarchique est chose faite, la création de cette "task force" est publiée au JO.

Travail détaché
Le candidat avait promis de se "battre contre les abus liés au travail détaché". Quand il obtient une révision de la directive européenne en novembre, Jupiter exulte et la com' élyséenne se met en marche pour relayer la victoire. En fait, le résultat est aussi mince que la victoire est symbolique. Le transport routier est exclu de cette révision. Le gouvernement fait aussi annuler la taxe sur le travail détaché décidée par Hollande.  Et une circulaire française est prévue en janvier pour simplifier les formalités de déclaration du travail détaché (sic!).

Vaccins
Sans écoute, sans concertation, mais avec le soutien des laboratoires dont Sanofi, dirigé par le mentor économique d'Emmanuel Macron, Serge Weinberg, le gouvernement Macron impose 11 vaccins obligatoires, faute de quoi les familles ne pourront inscrire leur progéniture à l'école publique. Le sujet n'est pas l'hostilité ou le soutien aux vaccins - puisque d'ailleurs personne dans l'establishment gouvernemental ne répond à la seule question de santé qui soit, l'adjonction d’aluminium.

Zozo
Il y a un zozo, un benêt dans ce gouvernement. Un gars qui a changé de bord, est devenu "amoureux" de son monarque, ne trouve rien à redire contre les restrictions de liberté puisqu'il n'a rien à se reprocher. Un benêt on vous dit.  Il s'appelle Castaner.


23 décembre 2017

555ème semaine politique: Le Père Noël est une ordure

 

 

 

Où l'on parle de journalisme lustratoire, de comment Macron a conquis le coeur des droites sur le dos des migrants, et des premières révélations chiffrées sur la baisse du pouvoir d'achat du plus grand nombre.


Président des droites
Samedi, Jupiter se régale au Chateau de Chambord, en toute intimité. Il confie le lendemain qu'il reviendra telle s'était bien. Ses proches défendent ce moment de loisirs si accessible au plus grand nombre. Jupiter est heureux, sa cote de popularité remonte, même si les sondages sont si biaisés qu'ils ne font plus rire (999 sondés, dont 21% de "sympathisants de gauche"). Il n'a jamais été aussi haut dans les coeurs des sympathisants de droite (63%) et même du Front national (35%). Macron séduit à droite et à l'extrême droite, comment pourrait-il en être autrement ?

La traque aux migrants et le harcèlement des aidants plaisent aux furibards de la droite radicalisée version Wauquiez (lequel subventionnait les communes de sa région pour qu'elles puissent poser des recours administratifs contre les rares accueils de migrants imposés par l'Etat) ou version Le Pen ou Philippot et leur phobie de l'immigration massive. Le ministre de l'intérieur envoie des agents de préfecture trier les migrants dans les centres d'hébergement d'urgence est du pain béni pour ces inquiets de l'identité refoulée. Et prépare un projet de loi sur l'immigration pour enfermer plus longtemps et expulser plus rapidement.  

Eric Zemmour théorise, Gérard Collomb met en scène, Louis Aliot cache sa joie. 

Mardi, une jeune députée LREM s'indigne "Les centres de rétention deviennent des centres de détention et sont indignes de notre République. Le traitement du séjour irrégulier en France est devenu une angoisse pour les étrangers, les associations, les forces de police, les préfectures et les avocats." Mais le soir même, elle rentre dans le rang.

Outre-Atlantique, le prestigieux New York Times publie un éditorial qui compare la politique migratoire de Macron aux recommandations xénophobes du nouveau gouvernement autrichien: "Cette position n’est pas différente de celle prise par le gouvernement du président français Emmanuel Macron, qui a annoncé l’introduction d’une législation dès 2018, pour accélérer les expulsions de migrants …".
"Au-delà des postures, vous organisez le tri entre les sans-abri, vous harcelez les migrants à Calais et ailleurs, vous poursuivez les citoyens solidaires. Vous vous apprêtez à ouvrir des brèches dans le Droit d’asile. Difficile de célébrer ce jour." Médecins du Monde à l'adresse de Macron.
Laurent Wauquiez récemment élu à la présidence de #LR par les derniers grognards sarkozystes tente de rassembler les plus furibards. Ses outrances xénophobes éloignent Xavier Bertrand (qui démissionne), Christian Estrosi (qui créé son mouvement), et même la girouette des Yvelines Valérie Pécresse (qui reste, mais inquiète d'un "éventuel double langage" à l'égard du FN). Le sinistre Patrick Buisson, ex-vizir de Sarko, le conseille: "L’équation est simple : faire converger la France de la Manif pour tous, une droite conservatrice, et la France de Johnny, une France populaire."

Brosse à reluire
Dimanche soir, le président des riches déambule avec un "journaliste" dans autre palais, celui de l'Elysée. Une interview "en marche", un "modèle français issu de Versailles avant l’ORTF et qui fait davantage appel au faire-valoir et à la connivence". La complaisance de l'intervieweur, ce "journalisme lustratoire", avec ces "questions sorties d’un quiz de magazine féminin" fait même suffoquer quelques médias étrangers,  Il évoque l' "héroïsme politique qui revient là" de Jupiter, il écoute sagement Jupiter rappeler combien il dort peu. Car Dieu dort à peine, il éreinte ses équipes à qui on distribue du Guronsan. Il a fallu que Brigitte Macron intervienne pour imposer un agenda vide pendant les fêtes de fin d'année.

Jupiter est Dieu, on ne dérange pas Dieu, on l'écoute et on le prie.

Laurent Delahousse évite les sujets qui fâchent. Il ne demande rien au monarque sur la sélection à l'université, la traque d'Etat des migrants, la suppression de l'ISF, ou la flat tax. Rien non plus sur le plan de "rationalisation des hôpitaux" qui devrait coûter quelques milliers de postes à des établissements comme celui de la Timone à Marseille.

"Je ne pensais pas être d'accord un jour avec #Macron mais j'avoue qu'il a raison... ", constate l'insoumise Hélène Franco sur Twitter, "... en disant que le service public de l'audiovisuel est 'la honte de la République'". C'était la "journée du patrimoine" rigole Rachida Dati, la bourgeoise mairesse du 7ème arrondissement, fine experte des beaux quartiers. "Depuis hier, il existe des produits dérivés estampillés Delahousse. Ça va du paillasson à la serpillère en passant par le tapis de bain." s'amuse Charline Vanhoenacker.

Ministres délinquants
Passé ce moment gênant, absurde tant il était ringard, l'actualité reprend ses droits.

Edouard Philippe assume d'avoir affrété un A340 pour plus de 350 000 euros, payés sur les deniers de la République, pour "rentrer plus tôt" à Paris de son voyage à Japon. Puis Gérard Collomb décide de réquisitionner une poignée de policiers pour transporter sa famille à Noël.

La vie est belle en Macronista. Quelle est cette délinquance qui permet d'abuser de l'argent public sans contrôle ni critique ?

Pire encore, la ministre du Travail est épinglée pour 671 infractions au Code du travail dans son précédent emploi, quand elle dirigeait France Business. Le Canard Enchaîné révèle le désastre. Sur la simple période de juillet 2016 à mai 2017, soit moins d'une année, l'inspection du travail a relevé 557 dépassements de plafond d'heures quotidiennes pour 92 salariés. La même ministre est par ailleurs sous le coup d'une enquête pour délit de favoritisme.  


Président des riches
Aux Etats-Unis, Trump connaît un grand succès et une belle humiliation. Le succès, sa fameuse réforme fiscal à 1 500 milliards de dollars de baisse d'impôt pour les entreprises et les plus riches. Du jamais vu depuis Ronald Reagan, qui avait déjà plombé les comptes publics états-uniens comme jamais avec la politique inefficace et injuste. Mais le clown de la Maison Blanche se voit contesté à l'ONU, où l'unanimité du Conseil de Sécurité, moins une voix (les USA), puis quelque 180 pays dénoncent la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d'Israël par Trump.

En France, notre jeune monarque fait figure d'apprenti. Certes, il s'exclame devant Delahousse qu'il veut que "la France devienne leader de la finance." Mais il est agacé par cette étiquette de président des riches qui lui va pourtant si bien. Et il n'arrive pas à cacher, dès son premier budget public, ses cadeaux fiscaux à la France d'en haut dans un océan de réductions d'impôt pour tous.

L'INSEE révèle que les impôts des ménages vont augmenter de 4,5 milliards d'euros en 2018.  Rien que ça ! Patatras ! Tout l'argumentaire macroniste pour tenter de convaincre que les baisses d'impôt étaient équitables et partagées s'effondre. Le gouvernement publie justement un "simulateur de pouvoir d'achat" sur son site internet. Mais rien n'y fait, les chiffres sont les chiffres. Voici l'INSEE, ce repère de gauchistes, qui mine le story-telling présidentiel.
"Début 2018, le pouvoir d’achat marquerait le pas sous l’effet de l’inflation et du calendrier fiscal." l'INSEE, décembre 2017.
Reprenons: le plus grand nombre, expliquent les publicitaires élyséens, bénéficiera de la suppression tardive de la taxe d'habitation. Et les salariés économiseront, tardivement également, des cotisations chômage.  Au final pourtant, l'INSEE révèle pourtant que le solde sera une hausse d'impôt de 4,5 milliards d'euros pour les ménages. L'institut pointe du doigt la hausse d'une flopée d'impôts indirects (taxe sur les cigarettes et le diesel) et directs (hausse de la CSG). Or on se souvient trop bien que les deux tiers des économies d'impôts sur les ménages ne concernent qu'une catégorie bien spécifique du pays: nos plus riches profiteront d'environ 5 milliards d'euros d'économie fiscale, dès le 1er janvier pour l'essentiel, grâce à la suppression de l'ISF (3,2 milliards d'euros rendus à 351 000 foyers...) et la flat tax (1,5 milliards d'euros d'après les estimations gouvernementales, plus de 10 milliards d'après d'autres plus inquiètes).

Si les ménages aisés économiseront beaucoup, et qu'au final les ménages dans leur ensemble paieront plus, c'est donc bien que le coup de matraque fiscal sera sacrément lourd pour le plus grand nombre, et surtout les plus modestes.

Merci qui ? Merci Macron.

Et ce n'est pas le simulateur gouvernemental de pouvoir d'achat, qui habilement, hypocritement, indécemment, ne retient que les baisses de cotisations et de taxe d'habitation, qui changera grand chose à cette imposture. Dans son petit livret jaune qui fait rire jaune, le "livret du pouvoir d'achat" publié cette semaine, le gouvernement oublie ce formidable gain de pouvoir d'achat ... pour les plus riches...

C'est bêta...  ...





Ami macroniste, où es-tu ?

Joyeux Noël.


16 décembre 2017

554ème semaine politique: de quelle traque Macron est-il le nom ?


Où l'on parle du SMIC, de Jupiter à Chambord, des petits amendements à la loi de finance 2018, et de la traque aux migrants que le président-sourire a finalement ordonné.


Le blues des godillots 
Quelle nouvelle ! Un tiers des député(e)s de la République en Marche, soit près d'une centaine de parlementaires, auraient un "coup de blues" et douteraient de leur efficacité.
"D’après plusieurs cadres du groupe majoritaire, le malaise éprouvé par certains au début de la législature s’est confirmé – voire amplifié –, au point de toucher aujourd’hui près d’un tiers des troupes. « Une centaine sont perdus pour la cause », atteste l’un d’eux, quand d’autres évaluent plutôt à « une cinquantaine » le nombre d’élus désœuvrés sur un total de 313 membres."  Source: Le Monde
Ces élu(e)s devraient se rassurer. Ils sont malheureusement utiles, utiles de la façon la plus funeste qui soit: utiles pour voter silencieusement les lois souvent iniques de cette mandature: réduction de la Sécurité sociale, réduction des droits des salariés, réduction des impôts pour les plus fortunés et les revenus du capital, normalisation de l'état d'urgence dans la loi ordinaire, et maintenant traque des migrants... Bref, ces élus sont bien utiles à cette sinistre présidence...  tant qu'ils resteront godillots: une foule  hétéroclite, souvent encore anonyme, et qui ne doit sa place de député(e) qu'au jeune monarque. On peut comprendre qu'elle reste docile.

D'autres de ces élu(e)s s'inquiètent de gagner moins, les pauvres bichous. LREM les avait sans doute mal briefé. Heureusement, l'Assemblée vient de se voter la possibilité de rembourser 1200 euros de loyer mensuel par député. Une gigantesque APL, mais que pour les député(e)s... Le 11 décembre dernier, le premier questeur Florian Bachelier (LREM) a ainsi informé ses collègues de l'hémicycle  qu’ils auront, à partir du 1er janvier 2018, "la possibilité de louer un logement dont le loyer sera pris en charge par le budget de l’Assemblée Nationale à une hauteur aujourd’hui estimée à 1 200 € par mois."

Tranquille, cool cool zen zen.

La vie est trop belle en macronista.

"Les riches n'ont pas besoin de président."  
Cette formule qui claque émane de Benjamin Griveaux, le nouveau porte-parole du gouvernement, et futur maire de Paris paraît-il. Grivaux a raison, le président des riches est surtout leur obligé, le travailleur détaché de cette France d'en haut qu'il convient d'observer à l’œuvre, le chef d'une équipe de millionnaires qui donnent des leçons de modernité et impose son programme à plus pauvres qu'elles.

Les riches ont-ils seulement besoin de cadeaux ?

L'Assemblée vote ainsi une seconde fois la loi de finances pour 2018, car le Sénat avait charcuté quelques mesures symboliques. Au fil des semaines, on repère ainsi quelques nouveaux cadeaux pour cette France d'en haut: baisse du taux d'imposition des plus-values professionnelles à 12,8% (et la TVA que paye le plus grand nombre ?), relèvement de 150 000 à 250 000 euros du montant de l'exonération partielle de plus-values immobilières dont bénéficient les redevables non-résidents fiscaux résidant dans un autre État de l'UE (la France manque-t-elle de propriétaires qu'il faille chercher à en attirer de l'étranger?), déductibilité des dons opérés entre le 1er janvier et le 15 juin 2018 pour le calcul de l'impôt sur la fortune immobilière 2018 (oh le joli cadeau !); élargissement de la réduction d'impôt sur le revenu au titre des dons aux fondations d'entreprise aux mandataires sociaux, sociétaires, adhérents et actionnaires des entreprises fondatrices ou de leur groupe; ou encore supression de la condition de départ à la retraite pour le bénéfice de l'abattement de 500 000 euros sur les plus-values de cession réalisées par les dirigeants de PME.

Le 1er janvier prochain, le SMIC augmentera de 12 centimes par heure.

Ou 18,20 euros par mois.

Brut.

Nul coup de pouce. Qui pouvait imaginer qu'il en soit autrement ? Le "coût du travail" est si lourd. Cette présidence reste l'incarnation fusionnée des deux quinquennats précédents, présidence des riches et des patrons. Le ministère du travail se paye le luxe de préciser que le revenu des Smicards augmentera même de 20 euros de janvier à septembre puis de 35 euros à partir du 1er octobre grâce à la baisse des cotisations chômage. L'argument est cocasse quand on sait qu'il semble occulter la hausse parallèle de la CSG et qu'il masque le projet de supprimer ces revalorisations automatiques du SMIC sur l'inflation. 

Hasard ou fâcheuse coïncidence, voici qu'on apprend au même moment que Jupiter fêtera ses 40 bougies au Château de Chambord, qu'il a réservé "sur les deniers personnels du couple". Un lieu cosy, des espaces différents pour accueillir dans l'intimité 80, 100 ou même 2000 personnes. Salle des Chasses ou des Illustres, Bras de Croix ou Salle des Rabatteurs, le décor est somptueux, aussi somptueux que la vie au SMIC affectée par quelques milliards de déremboursements de la Sécu supplémentaires, sera pénible.

Jupiter n'a peur que des symboles qui dérangent son story-telling toujours à la limite de l'indécence. Le séjour à Chambord sera donc limité à l'essentiel, 800 euros par chambre pour une poignée d'intimes, puis une fête d'anniversaire samedi soir "dans les salons du château, après l'heure de fermeture", dans une salle privatisée "dont on ne connaît pas le prix."


La traque
Mardi, Macron convie la finance mondiale pour parler écologie. Il recycle d'anciennes annonces, déjà modestes.  Quelques présidents et beaucoup de patrons vont jusqu'à flotter sur la Seine sur un bateau dénommé Mirage. Cela ne s'invente pas. Nicolas Hulot fait des selfies avec Schwarzy.

Jeudi un ancien président, qui renonça à se prononcer faute de succès, fustige Mélenchon. François Hollande est à la radio, sur RTL. Il sort de toute réserve, et s'imagine devoir jouer un rôle. Loin de rassembler, il tacle et attaque... sur sa gauche. Et tresse des lauriers à son successeur. Il oppose Mélenchon à ... Georges Marchais. Le rapport ainsi établi entre insoumis et l'ancien PCF stalinien est cocasse et totalement asynchrone. Hollande reste bloqué, comme son jeune successeur dans une France des années 80, parfois 70.

Bizarrement, Hollande occulte l'un des sujets du moment, les migrants. Son gouvernement n'a pas été très digne quand il s'est agi de faire face aux conséquences migratoires des guerres civiles au Moyen Orient. On se souvient de la poignée de milliers de migrants que Valls a péniblement acceptée d'accueillir. Macron ne fait pas mieux - à peine 10 000 places pour les réfugiés a-t-il promis ... d'ici 2019. C'est un peu plus que le nombre de morts de réfugiés chaque année en Méditerranée. Bel effort ! Quand Hollande parle de Macron, il est silencieux sur ce sujet précis.

Et pourtant...

"Au fil des jours, la 'ligne Macron' devient plus nette et dessine une politique migratoire d’une rudesse sans précédent." Ce constat n'émane pas d'un opuscule gauchiste, mais du quotidien Le Monde, peu suspect d'anti-macronisme primaire. En cause, la énième charge du gouvernement Macron contre les migrants en France. A l'étranger, Macron philosophe de quelques bons mots sur les droits de l'homme, en France, ses instructions sont de traquer les hommes, femmes et enfants réfugiés des crises au Moyen Orient et en Afrique. Le décalage entre le discours du président-sourire et la réalité de l'action jupitérienne est total, et indécent.
"L'honneur de la France est en jeu." Editorial du Monde daté du 16 décembre 2017
Les forces de sécurité - police ou gendarmerie - détruisent les abris, lacèrent les tentes de refuge (comme à Paris), éparpillent de force, jettent les couvertures, ou enferment des familles dans des centres de rétention. Le 20 novembre dernier, le sinistre ministre de l’intérieur, Gérard Collomb a ordonné à chaque préfet des expulsions massives et "un plan de bataille départemental" pour la suite de l'hiver. Par une circulaire du 12 décembre, des " équipes mobiles" sont ensuite créées pour améliorer "l’identification des situations administratives dans l’hébergement d’urgence" et envoyées dans les hôtels sociaux pour "faire le tri" entre les réfugiés.
Oui, on appelle cela une traque. Elle nous rappelle les méfaits d'un autre quinquennat, l'hypocrisie d'un second. Mais cette traque-là semble prendre une dimension plus importante que les précédentes. Et ce ne sont pas les belles déclarations sur l'Europe "berceau de la démocratie", les généreuses citations littéraires ou les grands hommages philosophiques de Jupiter qui l'occulteront. Oh certes, il y a encore des diversions.

Ainsi l'audiovisuel public est-il encore "dans la tourmente". En début de semaine, Jupiter fustige la direction des sociétés publiques concernées. Une déclaration ultra-violente devant des députés, et opportunément fuitée à la presse - l'audiovisuel public serait une "honte pour nos concitoyens".

Macron singe Sarko, qui se croyait directeur des programmes. Macron joue aussi sur les cordons de la Bourse. France Télévisions est ainsi sommée de réduire son budget de 36 millions, et supprimer au passage environ 200 postes. Initier des plans sociaux dans les entreprises et services publics n'est pas une surprise. C'est une promesse du candidat Macron.


Ami macroniste, non, tu n'es pas inutile.

Regarde les désastres que tu as rendus possible.


9 décembre 2017

553ème semaine politique: parler de Johnny ou de la fin du SMIC ?

 

 

Où l'on doit bien parler de Johnny plutôt que de la République. 

 

Ou pas.


Johnny est mort. Émotion immense, émotion populaire. Et l'on exige de toutes et tous d'écouter, de voir, de commémorer, d'exprimer à propos de Johnny. La France est sommée de s'arrêter. Pas d'insoumission sinon c'est le tribunal de la pensée. Les insoumis à cette urgence médiatique sont accusés de tous les maux par quelques éditorialistes trop heureux de ce moment simple à commenter et qui distrait des autres maux, ce qui font souffrir quelques millions.

L'avant-veille, l'immense Jean d'Ormesson disparait. Vendredi. Il est dans son élément. Tant d'honneurs d'un si jeune homme si haut placé est presque gênant. cela sent la récup, l'exercice de communication qui fatigue. C'est le problème de tous les grands décédés. Aucun ne peut maîtriser qui leur fera hommage. Qu'on ne s'y trompe pas, l'hommage de Macron est bien écrit. Mais pourquoi ? Pourquoi fallait-il qu'il se transforme en thuriféraire de passage ?

Jean d'Ormesson s'en va aussi. Même Mélenchon s'en émeut. Emmanuel Macron livre un grand discours
"Comme le disait Nietzsche de ces Grecs anciens, parmi lesquels Jean d'Ormesson eût rêvé de vivre, il était «superficiel par profondeur»."
Macron cherche à forcer son empreinte dans l'Histoire, à s'imposer sur le strapontin du véhicule funéraire d'un grand homme. Nous sommes gênés même si ses mots sont bien choisis ou parfois maladroits.

Pourquoi faut-il qu'un président, et non tour à tour les représentants de l'Assemblée nationale, s'octroie le privilège de privatiser à son profit de communication politique un tel hommage ?

Après Jean d'Ormesson, Jupiter "fait" donc Johnny. Johnny est mort, un mercredi de décembre. Johnny était un grand artiste, nul doute. Lui-même disait qu'un hommage national à sa mort n'aurait pas grand sens. Mais le jeune monarque est là. Il saisit la ferveur populaire. Les communicants expliquent que Macron "ne dormait pas" quand il a appris la mort de Johhny en pleine nuit. Jupiter est Dieu, et Dieu ne dort jamais. Hommage en cascade, registres différents. Brigitte reçoit David Halliday et Laura Smet à l'Elysée pendant qu'Emmanuel peaufine son discours pour l'Eglise de la Madeleine. Car la première dame a pris le relais, et le première place dans l'organisation des hommages, puisque son jeune monarque était en déplacement en Algérie. Mais la récupération politique et médiatique est assumée: "Le président a considéré qu'on est dans une époque où le pays a besoin de héros positifs. Or Johnny est une sorte de héros" explique un conseiller pour justifier comment et pourquoi l'Elysée s'est investi dans cet hommage.

Voilà pour le spectacle. 

En coulisses, la réalité est forcément différente. Cette présidence des Riches continue son oeuvre.

Le Canard Enchaîné "révèle" (*) ainsi comment l'Elysée a privatisé son salon Murat, dans lequel se déroule les cérémonies de médailles ou le conseil des ministres, pour les patrons d'un fonds américain, Black Rock. L'affaire a eu lieu le 25 octobre dernier, mais la communication élyséenne, pourtant si prompte habituellement à dévoiler avec "transparence" les faits et gestes du jeune monarque, est restée très discrète. Officiellement, l'agenda de l'Elysée ne mentionnait qu'un dîner. En fait, la Présidence a laissé s'organiser un mini-sommet toutes la journée durant: installés la journée dans le salon, les dirigeants de Black Rock ont reçu tour à tour premier ministre, président, ministres et membres de cabinet. Attirer Black Rock et consorts est crucial pour Jupiter. 40% de la capitalisation des entreprises françaises cotées est détenue par des actionnaires étrangers, en majorité américains et britanniques. Donc il faut faire risette. Et défendre combien la France est accueillante.

Le gouvernement jupitérien a mis et met toujours les bouchées doubles pour singer la politique fiscale néo-libérale qui outre-Atlantique est évidemment reprise par Donald Trump. Quand il ne menace pas la paix dans le monde, entre ses outrances en Corée du Nord et sa décision unilatérale de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël, Trump conduit une politique pour les riches et les grandes entreprises: baisse de l'IS et réduction des impôts sur la rente et les revenus du capital (aux détriments de ceux du travail)... comme Macron.

Et ce n'est pas fini.

Cette semaine, l'offensive a été officiellement lancée contre le SMIC: un groupe "d'experts indépendants", remet un rapport sur le sujet. Ces "experts indépendants" ont été nommés en août dernier, tous sont des économistes classés libéraux. Et le président du groupe est un avocat de la suppression du SMIC. Sans surprise donc, ces "experts indépendants" préconisent la suppression de l'indexation du SMIC sur l'inflation. Ils insistent sur combien le SMIC français est déjà élevé. Le gouvernement est prudent. Il s'affirme "attaché au principe de la progression automatique du Smic". "En revanche, le rapport est une contribution utile et ses propositions sur l'indexation du Smic s’intègreront dans les réflexions en cours."  Un salarié sur 10 est payé au SMIC et a donc bénéficié de cette si funeste augmentation de 0,9% en janvier dernier. Fichtre ! Quel scandale !

"Pourquoi ne pas imaginer un Smic qui varie en fonction de l’âge ou encore de la région.” 800€ en Occitanie, 1000€ en Ile de France, 500€ pour les jeunes ?"
Gilbert Cette, économiste, président du groupe d'experts indépendants sur l'avenir du SMIC, 2015.
Et ce n'est pas fini. 

Vendredi, ce même jour où Jupiter célèbre la grandeur de Jean d'Ormesson, le ministre de l'intérieur reçoit des associations d'aide aux migrants (Médecins du monde, Cimade, Emmaüs, Secours Catholique). Lesquelles quittent la séance quand elles entendent Gérard Collomb expliquer comment il comptait trier les migrants dans les centres d’hébergement d’urgence: des "équipes mobiles" y seront envoyées pour procéder à un recensement. Un mois auparavant, les mêmes associations avaient expliqué, dans une lettre commune, qu'elles n'accepteraient pas "cette politique du tri qui place les associations gestionnaires de ces capacités d’accueil dans des missions de contrôle contraires à la déontologie du travail social, qui nécessite confiance et adhésion au projet de la personne". Visiblement, Collomb a oublié... Ou n'a pas lu le courrier. L'affaire fait peu de bruit. Les attentions sur son Johnny. Ou d'Ormesson. N'imaginez pas non plus Jupiter tweeter sur le sujet. Il a fort à faire avec tous ces hommages.

Et ce n'est pas fini.

En fin de semaine, l'Union européenne et le Royaume Uni concluent leur premier accord sur les conditions économiques du Brexit. Ce ne sera pas le dernier, mais la facture est déjà salée pour nos voisins d'outre-Manche, une cinquantaine de milliards d'euros que le Royaume Uni règlera pour les retraites des fonctionnaires européens britanniques, des plans d'investissements européens, ou des intérêts d'emprunts britanniques.  L'accord n'est pas sans ambiguïté, puisqu'il prévoit notamment le maintien du Royaume Uni dans le marché unique s'il ne parvient pas à régler son différent de frontière avec l'Irlande (sic!). Ou une relative continuité de la justice européenne.

Au sein de la Macronista, on se frotte les mains. Le timing est parfait. Macron prépare les élections européennes de 2019, pour les transformer en référendum pro ou anti-européen avec un Royaume Uni qui servira de repoussoir.

Son gouverment se félicite d'ailleurs de la publication d'une liste de 17 paradis fiscaux pour lesquels "le principe de sanctions a été acté". Nous voilà revenus près d'une décennie en arrière quand, secoués par la Grande Crise, même Sarko 1er aboyait contre les paradis fiscaux. Cette fois-ci, Jupiter se félicite de cette avancée "très concrète". Dans cette liste de diversion, on ne compte ni le Luxembourg (dont l'une des juridictions vient de condamner les lanceurs d'alerte Antoine Deltour et Raphaël Halet à propos du Luxleaks, sans le moindre soutien de la macronista), ni le Lichtenstein, ni même l'Irlande. Pire, il parait qu'il faut maintenant négocier les sanctions... Une décennie après la crise des subprimes, ces gens-là n'ont-ils donc rien compris ?


Ami macroniste, sois honnête.






(*) l'information a été publiée par des médias américains, mais peu reprise en France.